La Béate….

 

En Auvergne, la Béate était un personnage singulier :

 L’Église inquiète de l’ignorance religieuse dans laquelle se trouvait une grande partie de la population, surtout dans les villages reculés et difficiles d’accès, fonda au XVIIe siècle : « Les Demoiselles de l’instruction ».
L’institution dépendait de l’Évêque du Puy-en-Velay….
Dans les familles nombreuses, il existait des filles « vilains petits canards » qui ne trouvaient pas à se marier. La congrégation des Demoiselles de l’Instruction recrutait parmi elles la future Béate.
Envoyée au couvent pour un an ou deux, elle y recevait un enseignement religieux et quelques rudiments scolaires : écriture, lecture et calcul. Elle y apprenait aussi l’art de la dentelle.
Bien que très pieuse, la demoiselle n’était pas religieuse et ne prononçait pas de vœux.
Elle était vêtue d’une robe de laine noire et d’un voile de la même couleur.
Puis à sa demande, elle se fixait dans un village. Sa maison construite par les villageois s’appelait l’assemblée. Elle était surmontée d’un petit clocheton qui rythmait la vie du village.
Dévouée entièrement aux habitants , la Béate recevait des dons en nature pour subsister.
La Béate servait d’intermédiaire avec le curé de la paroisse. Elle avait pour principale mission d’enseigner aux enfants, enseignement aléatoire car il était à la mesure de ses propres connaissances.
Elle jouait un grand rôle dans la formation des jeunes filles notamment pour apprendre la dentelle et contribuait au développement de ce métier.
C’est à l‘assemblée que la gente féminine se réunissait pour faire couvige (lire M comme métier).
La Béate avait, par ailleurs, beaucoup d’influence sur les villageoises.

Outre son rôle d’enseignante, elle faisait également office de garde-malade. Elle habillait et veillait les défunts. Elle consolait les malheureux et elle contribuait à la bonne harmonie dans le village.
Sa maison servait d’école mais également d’asile, de crèche, d’infirmerie.

Les villages ancestraux de Bournoncle, Saint Géron, Balsac, Saint Beauzire et Saint Ilpize ont recensé des Béates qui cohabitaient avec les aïeux de mon mari.

Entre le XVIIe et le XIXe siècle, le rôle de la Béate n’était pas négligeable. En 1847, on en comptait environ 1294 en Haute-Loire.
Mais les lois de Jules Ferry qui obligèrent la nomination d’institutrices laïques formées à l’École Normale sonnèrent la fin de l’existence des Béates.

Aujourd’hui, les Béates ont disparu mais quelques unes de leurs maisons ont traversé le temps.
D’ailleurs, si vous vous promenez dans les villages altiligériens, vous les apercevrez, peut-être, surmontées de leur petit clocheton !

 

 

Sources : Almanach de Brioude : Les Béates dans la communauté de Brioude – Nicole Darpoux
                Histoire sociale Haute-Loire : Dentelles et dentellières 400 ans d’histoire – R. Vacheron
 Image :  site http://www.geneal43.fr

#Généathème : M comme Métier




En mars, nous retroussons nos manches et nous parlons « métier » !

Le généathème met à l’honneur un métier trouvé chez mes ancêtres normands et également chez les ancêtres auvergnats.
Un métier dont le produit fini est raffiné et délicat, un métier exigeant dextérité et application,  mais un métier rapportant un salaire de misère, un métier que nos aïeules pratiquaient une quinzaine d’heures par jour, cela dès l’âge de six ans et jusqu’à la fin de leur vie.
Ce métier est celui de dentellière.

La dentelle fait son apparition à Venise à la fin du XVe siècle. D’abord assimilé à la passementerie, le terme « dentelle » apparaît en France au XVIe siècle.
On distingue deux sortes de fabrication : la dentelle à l’aiguille et la dentelle aux fuseaux, moins noble que la première.

Au XVIIe siècle, la dentelle connaît un essor considérable. Les nobles s’entichent de ces tissus précieux : le volume de dentelle porté est proportionnel au nombre de titres de noblesse.  Au point que Louis XIII en réglemente l’usage par quatre édits dits lois somptuaires mais ceux-ci ne sont pas respectés.
Bien au contraire, l’engouement pour la dentelle est décuplé.

L’Église tient une place importante dans son développement : les couvents et les orphelinats emploient une main-d’œuvre bon marché. (voir article : L’hospice Saint-Louis)
Et sous Louis XIV, Colbert qui souhaite concurrencer la production étrangère, installe des manufactures royales à Alençon, Valenciennes et Aurillac.

En Haute-Loire, la dentelle apparaît dans la ville du Puy avant de se répandre dans les campagnes vellaves où chaque paysanne possède son carreau.
Les femmes font couvige : l’été, elles se rassemblent à l’ombre d’une grange et l’hiver, au coin de l’âtre pendant les veillées.
A la fin du XVIIe siècle, une profession d’intermédiaires se développe : les leveurs. Ils sillonnent les villages et collectent la production des denteleuses pour le compte des négociants. Ils fixent eux- mêmes le prix d’achat de la dentelle : beaucoup vont s’enrichir au détriment de ces laborieuses.
La dentelle est payée à la longueur mesurée sur une planchette en bois de 120cm appelée : l’aune.

La Révolution met un terme à la production et la dentelle a failli disparaître car elle est synonyme d’élégance aristocratique.

A partir de 1850, les manufactures se développent ; la dentelle se mécanise. Grâce à ces nouvelles technologies, la fabrication s’améliore considérablement ; c’est l’âge d’or de la dentelle.
Mais la mécanisation sonne le glas de la production manuelle.

Au début du XXe siècle, l’Assemblée Nationale vote une loi pour favoriser l’enseignement de la dentelle dans les écoles des départements où la fabrication est en usage ; principalement en Haute-Loire et dans le Calvados. Mais la Première Guerre mondiale a raison de cette initiative.

Malgré tout, quelques écoles subsistent encore à Alençon et au Puy où s’est créé en 1976 le Conservatoire National de la Dentelle du Puy.

Si aujourd’hui, la dentelle est un produit commun, difficile d’imaginer quelle a été la condition de vie des dentellières :
Des siècles durant, les femmes seules étaient extrêmement nombreuses : veuves, célibataires avec ou sans enfant. La fabrication de dentelle était leur seule ressource les obligeant à travailler 15 à 18 heures par jour pour un salaire dérisoire.
Le salaire journalier était de 30 centimes en 1820 et de 50 à 60 centimes en 1880.
A cela, s’ajoute la pénibilité du travail, le docteur F. Martel déclare en 1853 : «  La vie pénible des dentellières les rendaient sujettes à trois maladies caractéristiques : la cécité due aux efforts des yeux et au manque de lumière, la déformation de la colonne vertébrale consécutive à la position penchée, les troubles des voies respiratoires dus aux sels de plomb dits blancs de plomb qui servaient à blanchir les dentelles et qu’elles respiraient toute la journée. »

Si la dentelle est synonyme de raffinement, la vie de ces femmes a été frustre !





Source : Histoire locale Haute-Loire : Dentelle et dentellières, quatre cents ans d’histoire
                                                                        Raymond Vacheron
               Histoire de la dentelle en Normandie : Wikipédia

               Image : collection personnelle : dentelle aux fuseaux du Puy

L’Hospice Saint-Louis…

Lors de mes recherches sur mes ancêtres maternels, j’ai découvert une autre enfant abandonnée.
Il s’agit de mon Sosa 121, Clémence Euphémie. Elle a été trouvée le 4 avril 1808 aux portes de l’Hôpital Général de Caen, comme l’atteste son acte de naissance :

Du quatrième jour du mois d’avril l’an mil huit cent huit a une heure du soir
Acte de naissance de Clémence Euphémie nouvellement née…
trouvée exposée le jour d’hier à cinq du soir à la porte de l’hôpital général rue saint louis
Elle était vêtue d’un lange un bonnet et le reste en nécessaire…
Le sexe de l’enfant a été reconnu être féminin
Premier témoin : Michel Lamy employé de l’hospice âgé de cinquante sept ans
demeurant en cette ville rue Notre-Dame
Second témoin : Antoine Jean Binet portier de l’hôpital âgé de soixante treize ans
sur la réquisition à nous faire part par Jacques Thébault commissaire du dépôt des enfants trouvés qui s’en est ressaisi et ont signé après lecture

Constaté suivant la loi, par moi Michel Ducheval
maire par décret de la ville de Caen faisant les fonctions d’officier public de l’état civil

Comme beaucoup de petits malheureux d’alors, Clémence a grandi entre les quatre murs de l’Hospice Saint-Louis.

L’Hospice Saint Louis ou Hôpital Général de Caen est un établissement charitable fondé en 1655 sous Louis XIV et régi par la Congrégation des Servantes de Jésus. Cette communauté religieuse compte 8 sœurs en 1679 et 24 au moment de la suppression de l’ordre.

Sa vocation est d’y recevoir les mendiants et les vagabonds. L’hospice est un exemple d’institution disciplinaire. Cet établissement pratique la politique d’enfermement systématique des pauvres hères. Il accueille les miséreux de la ville ainsi que les petits orphelins après l’âge de 8 ans et les personnes âgés invalides.
En 1698, des ateliers de dentelle y sont créés pour faire travailler les filles et les garçons. Clémence y apprendra son métier.
Le travail est obligatoire pour tous : sa durée est de 8 heures par jour du 15 avril au 15 septembre et de 7 heures du 15 septembre au 15 avril.
Les enfants se lèvent à 5 heures du matin l’été et se couchent à 20 heures l’été et à la dernière heure du jour, les autres saisons.
Les enfants bénéficient d’une promenade le jeudi après-midi.
En matière disciplinaire, une injure proférée à l’encontre du personnel et des Sœurs en particulier est passible d’un séjour de 10 jours maximum au pénitencier.

Difficile d’imaginer un endroit plus sinistre pour ces petits…. et pour les plus grands également.

A la fin du XVIIIe siècle, les mendiants et les vagabonds sont transférés au centre de dépôt de mendicité de Beaulieu (actuel centre pénitentiaire de Caen)

Au début du XIXe siècle, les « Petits Renfermés » (centre d’accueil des orphelins ou des enfants abandonnés à la naissance créé par le prêtre Garnier en 1630) et l’hospice St-Louis deviennent une institution unique. Un décret de 1811 le désigne comme hospice dépositaire pour les enfants abandonnés du département du Calvados. Il abrite également les vieillards caducs.

En 1908, un nouvel hôpital, actuellement Hôpital Clémenceau, est inauguré et l’Hospice St-Louis est transféré dans les locaux de l’ancienne Abbaye aux Dames en 1914. C’est là que Marie et Emilienne sont accueillies en 1919 (voir article : Histoire d’un abandon)

Les anciens locaux servent d’hôpital militaire pendant la Première Guerre Mondiale avant d’être détruits en 1920.
Entre 1972 et 1984, l’Hospice St-Louis est transféré dans le couvent de la Charité et se spécialise dans l’accueil des personnes âgées et change de nom : centre pour personnes âgées, puis résidence  « La Charité  »

Quant à Clémence, jeune dentellière, elle épouse Jacques Aimé Marc Fouques, boucher, le 6 mars 1828 à Mondeville près de Caen. Elle a 20 ans.

Ils ont six enfants : Hélène Rosalie ° le 23 mai 1824
                                  Jacques Alexandre ° le 29 aout 1825 
                                 Alphonse Aimé Adolphe ° le 31 janvier 1828 – Sosa 60
Ces enfants sont  légitimés lors de leur mariage
Puis viennent :  Jean Baptiste Achille ° 16 novembre 1830
                          Adèle augustine ° 15 janvier 1833
                          Adelina Clémence ° 1835

Jacques Aimé décède le 28 mai 1839 à 35 ans.

Clémence épouse en secondes noces, Désiré Henri Verroye, un militaire à la retraite.

Elle disparaît le 2 janvier 1879 à 71 ans.

Sources : Wikipédia.org
                Les enfants de Saint-Louis de Paul Dartiguenave
Image : carte postale : L’Abbaye aux Dames et l’Hôtel Dieu – Collection personnelle
Acte : A.D Calvados – N 1808 [2 MI-EC 1582]  

 

 

# Lovegenealogie : Ma déclaration….


Photo E.A




En ce jour de la Saint Valentin, + Grégory Rhit, nous invite à faire une déclaration d’amour à la Généalogie.
J’ai trouvé l’idée originale et touchante.
Donc, j’ai pris ma plume :

Un jour, nos routes se sont croisées et tu m’as charmée.
Tu m’as prise par la main et tu m’as emmenée sur les chemins du passé.
Intimidée, je t’ai suivie malgré la crainte de m’égarer.
Il nous a fallu du temps pour nous apprivoiser.
Quand tu m’as présenté mes ancêtres, j’ai ri et j’ai pleuré
Et grâce à toi, j’ai appris à mieux me connaître.
Oh ! bien sûr, tu es exigeante et parfois envahissante.
Tu m’accompagne le jour et parfois la nuit
Tu es la cause de mes insomnies…
Mais je t’aime : Lovegénéalogie !

Voilà, c’est dit….

Grégory Rhit : http://www.rhit-genealogie.blogspot.fr

Une conférence aux Archives Départementales de Paris…

Cette semaine, les Archives de Paris proposait une conférence  :

           « La Première Guerre Mondiale vue par Rudyard Kipling & Arthur Conan Doyle »
                                                               par Laurent Bury
                                            Professeur de littérature anglaise à Lyon-II

à laquelle j’ai assistée.

C’est devant un auditoire attentif que le conférencier, Laurent Bury, débute son exposé et décrit le parcours de ces deux grands écrivains.

Si leur style est très différent, la vie des deux hommes présente beaucoup de similitudes :

Arthur Ignatius Conan Doyle est né le 22 mai 1859 à Edimbourg. Il est écossais mais ses ancêtres sont irlandais et catholiques. Son père, alcoolique sombre dans la folie et est interné.
Arthur est placé chez les jésuites.

Rudyard Kipling est né le 30 décembre 1865 à Bombay. Il est anglo-indien. Son père John Lockwood est professeur de sculpture architecturale. Après sa petite enfance, Rudyard quitte Bombay et est envoyé, avec sa sœur, en Grande Bretagne pour y débuter ses études. Il vit très mal ces années d’isolement et de solitude.

A.C Doyle suit des études de médecine à Edimbourg. Il y croise deux autres écrivains Stevenson et Barry (le créateur de Peter Pan).
Il est marqué par un certain Dr Bell qui dit-on inspira Arthur pour la création de son personnage : Sherlock Holmes.
Parallèlement à ses études de médecine, il publie une première nouvelle à 20 ans.
Puis, entre autre : Une étude en rouge (1887) – Signe des 4 (1890) – Le chien des Baskerville (1902)
A la fin de son cursus, il embarque sur un vaisseau en partance pour l’Afrique en tant que médecin.
Et en 1900, il participe à la guerre des Boers en Afrique du Sud.
Il publie, en 1902, La guerre en Afrique du Sud : ses causes et sa conduite, pour répondre aux accusations menées contre son pays ; ce qui lui vaut d’être anobli par le Roi Edouard VII.

Après ses études, R.Kipling retourne en Inde et y débute une carrière journalistique. Après la publication de plusieurs nouvelles, il part vivre aux Etats Unis.
C’est à la même période qu’il fait connaissance avec A.C Doyle
Il publie : L’homme qui voulut être roi (1888) – Le livre de la jungle (1894) – Capitaine courageux (1897) – Kim (1901)
Il entreprend plusieurs voyages en Afrique du sud et soutient, également, la cause britannique pendant la guerre des Boers.
En 1902, il est, surtout, connu comme poète dans tout le Royaume Uni. Son célèbre poème : « If » ( en français : « Tu seras un homme, mon fils ») écrit en 1910 est encore, de nos jours, le poème le plus prisé en Angleterre.
Il est, le premier britannique, à recevoir le prix Nobel de littérature en 1907.

Parallèlement, les deux hommes se marient.
A.C Doyle a deux enfants : Mary et Kingsley et R.Kipling, lui, a trois enfants : Elsie, John & Joséphine.

Avant la Première Guerre Mondiale, Doyle qui s’intéresse aux sports participe à une course automobile en Allemagne et découvre que le pays se prépare à entrer en guerre.
Kipling, lui, se préoccupe de la rivalité croissante entre l’Allemagne et l’Angleterre à cause de leur flotte navale. Il publie plusieurs articles sur le sujet.

Dès le début du conflit, Kipling et Doyle rejoignent le War Propaganda Bureau (WPB). Cette organisation recense pas moins de 25 grands noms de la littérature britannique. Son objectif est de manipuler l’opinion et d’influencer les Etats Unis afin qu’ils entrent en guerre.

Dans ce cadre, Kipling et Doyle se rendent sur le front et visitent les sites bombardés, entre autre :Ypres en Belgique pour Doyle et Reims pour Kipling.

En 1915, Kipling écrit : France at war (La France en guerre).
En 1916, Doyle publie : A visit to three fronts : glimpses of the british, italian and french lines (Visite sur les trois fronts : aperçu des lignes britanniques, italiennes et françaises)
Ces deux livres ont été traduits par Laurent Bury et n’avaient pas été republiés depuis leur parution.

La guerre marque à jamais les deux hommes. Ils perdent chacun leur fils « chéri » :
Kingsley Doyle né en 1897, est grièvement blessé pendant la bataille de la Somme en 1916 et meurt de la grippe espagnole en 1918.
John Kipling, né également en 1897, ne devait pas participer à l’effort de guerre à cause d’une myopie importante. Son père a fait jouer ses relations afin qu’il soit enrôlé. John est porté disparu en septembre 1915 pendant la bataille de Loos (Artois). Il a 18 ans.

Rudyard atteste de son accablante culpabilité lorsqu’il écrit en 1918 :

                   Si quelqu’un veut savoir pourquoi nous sommes morts,

                   Dites-leur : parce que nos pères ont menti.

Il meurt le 18 janvier 1936 à Londres.

Quand à Doyle, la guerre emporte, outre son fils : deux de ses neveux, deux de ses beaux-frères et son frère cadet. Il ne se remettra jamais de son chagrin et plonge dans le désespoir. Il se tourne vers le spiritisme et les sciences occultes.
Il meurt le 7 juillet 1930 à Crowborough.

Sur ces paroles, Laurent Bury, achève sa conférence.
Si celle-ci m’a éclairée sur la vie romanesque de Rudyard Kipling et de Sir Arthur Conan Doyle, je regrette que le contenu des deux livres, qu’il a traduit, n’aie pas été mis plus en lumière.
Je suis restée sur ma faim…

J’ai donc acheté les deux livres et je vais m’empresser de les lire :

 

Editions : Les Belles Lettres – Mémoires de guerre

Code ISBN : 978 2 251 31007 7 (Doyle)
                     978 2 251 31008 4  (Kipling)

Ma to do not list, mes irrésolutions généalogiques…

Début janvier, j’ai vu fleurir sur les blogs ou sur Twitter, des messages annonçant que 2014 serait l’année des résolutions généalogiques : les planifications que nous lançons au début de chaque année, que nous oublions au fil des mois et qui reviennent en mémoire au début de l’année suivante  !

Plusieurs généabloggeurs se sont engagés par écrit à effectuer une tâche mensuelle pour achever un travail qui jusqu’ici était en attente. Et certains ont déjà confirmé leurs promesses… Félicitations !

Pour ma part, je me promets, depuis 4 ou 5 ans, d’enregistrer sur Hérédis toutes mes données ! (j’enregistre le minimum)
                      
-Tu as 365 jours pour le faire, me dis-je chaque début d’année !

Et je réalise que cela fait plus de 1500 jours de promesses non tenues… La reine de la procrastination généalogique, c’est moi !

Aussi, ne me suis-je pas précipitée pour répondre à l’appel de Sophie… Mais c’était sans compter avec la petite voix intérieure : celle qui donne mauvaise conscience et qui essaie de vous attirer sur le droit chemin.

Finalement, j’ai cédé… et depuis deux semaines,  j’ai entrepris un grand travail de mise à jour sur Hérédis, la version 2014 Pro achetée en novembre 2013. (Ah oui, déjà 3 mois… Le temps passe si vite !)
Il était temps d’expérimenter ce nouveau logiciel prometteur qui a fait l’objet de plusieurs articles.

Voici le résultat du travail réalisé :

Première tâche : Reprendre tous les actes qui sont rangés dans des classeurs : un pour chaque grand-parent .

Seconde tâche : Enregistrer le maximum de renseignements sur le logiciel. La relecture des actes m’a permis de relever des informations passées inaperçues.

Puis, j’ai vérifié et enregistré les sources (AM ou AD + réf. des cotes),

         J’ai inscrit les témoins,

         J’ai scanné chaque acte que j’ai ensuite enregistré dans les médias,

         J’ai créé de nouveaux évènements pour les fiches matricules militaires, les contrats de mariage…

Les petites barrettes de couleur précisent que les évènements principaux sont complets… Ouf !

Puis, j’ai fais une sauvegarde sur mon ordinateur portable. Hérédis propose une synchronisation par wifi, cela s’effectue en moins d’une minute. Ainsi, mes deux ordinateurs sont simultanément à jour.

En quinze jours, j’ai  revu tous les actes de mes ancêtres maternels.
Si la satisfaction du travail accompli est là, la tâche est loin d’être achevée… Il me reste à revoir  les actes paternels et ceux des ancêtres de mon mari.
Donc, je continue ma petite besogne ! A suivre 🙂

# Généathème : Le document du mois

En ce mois de février, +Sophie Boudarel nous propose de mettre en lumière un document qui nous touche particulièrement.

Je détiens quelques « vieux papiers » du côté de la famille Achon, mais du côté de mes ancêtres les cartons d’archives sont vides… ou presque.

Donc, je pensais mettre en valeur un acte notarié rédigé en Auvergne au XIXe siècle.

Mais c’était sans compter avec ma fibre ménagère… et mes petites séances de rangement… Cela m’arrive de temps à autre.

Dernièrement, en déplaçant des vieux cartons, mon regard s’est porté sur celui contenant les archives de mes parents.
Naturellement, j’ai soulevé le couvercle… Et puis, j’ai soulevé un papier, puis deux , puis… finalement, j’ai vidé la boîte. Et puis, en regardant ces papiers jaunis, les souvenirs ont jailli… Et puis, le temps a suspendu son vol…

Et après quelques heures d’une petite escapade dans le passé, une surprise m’attendait. Au milieu d’un méli mélo de photos, de papiers administratifs et de lettres, bien rangés dans une enveloppe en papier kraft, j’ai découvert le livret militaire de mon père ainsi qu’un « ausweis » lorsqu’il était prisonnier STO en Allemagne.

J’ignorais que je détenais ces précieux documents ! Ils attendaient dans leur écrin de carton que je les découvre pour vous les présenter :

  
En février 2013, je suis allée au Service Historique de la Défense à Caen. J’y ai trouvé le dossier de prisonnier de mon père. Mes découvertes feront l’objet d’un prochain article.
Et avec mes dernières trouvailles, je vais pouvoir compléter le parcours militaire de Papa !

Histoire d’un abandon…

Nous avons tous dans nos généalogies des enfants abandonnés et connaître leur histoire est parfois difficile voire impossible.
Mais les archives peuvent nous aider à résoudre certaines énigmes.

Permettez-moi de vous conter une histoire qui m’émeut infiniment   :
Emilienne est née en 1911 à Saint André sur Orne (Calvados) et Marie en 1916 à Caen (Calvados).

Marie a 3 ans lorsque l’Assistance Publique la recueille avec sa sœur.
Les fillettes vont grandir sans connaître leurs parents, ni l’identité de ces derniers.
Difficile d’imaginer les souffrances psychologiques qu’elles ont endurées et qui seront omniprésentes toute leur vie : l’orphelinat avec un matricule, les placements dans des fermes, les brimades, la solitude … Et par-dessus tout le manque d’affection parentale.

Après la Seconde Guerre Mondiale, Marie monte à Paris, travaille comme cuisinière chez des particuliers. Quelques années plus tard, elle se marie et devient mère à son tour.
Emilienne est restée toute sa vie dans un hospice à Villers-Bocage (Calvados) car elle était handicapée. Elle y est décédée en 1972.

Marie découvrira l’identité de ses parents peu de temps avant de disparaître à son tour, simplement en demandant un acte de naissance à la mairie de Caen qui lui communiquera le nom de ces derniers ; alors que toute sa vie l’Administration a refusé de le lui révéler :

        – Jean Victor BERTHAULT & Louise Marie Elisabeth MORIN

Une précision mais non des moindres : Marie était ma Maman.

Je souhaite comprendre ce qui semble « inacceptable » et c’est une des raisons qui m’a menée vers la généalogie…
Lever le mystère et exorciser les non-dits car nul ne sort indemne d’un tel traumatisme laissant des bleus à l’âme et influant la personne abandonnée et son entourage.

C’est donc, aux Archives Départementales du Calvados que ma quête commence :

Avec l’aide précieuse d’un archiviste à qui je me confie, j’obtiens l’acte de mariage de Jean et de Louise, mariage qui a été célébré le 15 janvier 1907 à Saint-André sur Orne, petite bourgade limitrophe de Caen.
Cet acte en ma possession, je peux retrouver mes ancêtres maternels et tenter d’écrire une histoire jusque là inconnue. Je m’y emploie depuis quelques années.

Mais, revenons à mes grands-parents : Jean est mineur dans les « Fosses d’Enfer » à Saint Rémy sur Orne, à quelques lieues de Caen ; Louise s’occupe du ménage.
Lui est né à St-Rémy en 1881 ; elle à St André sur Orne en 1887.

Je découvre que la famille Berthault compte également deux garçons : Henri né en 1907, décédé en 1973 à Brienon sur Armençon et Robert né en 1917.
Maman me racontait qu’elle avait un frère jumeau mort en bas âge.  Robert a un an de moins qu’elle, presque jour pour jour.

La fratrie ayant éclaté…. Que sont-ils devenus ?
J’ai découvert récemment que Robert est décédé à Caen en 1920.

Mes recherches concernant les causes de l’abandon aboutiront-elles ?

Dans un premier temps, j’ai fait la demande et j’ai obtenu le dossier d’enfant assistée de Marie auprès des Archives Départementales du Calvados.
Malheureusement, celui-ci ne contenait que peu de renseignements ; les archives ayant été détruites pendant la Seconde Guerre Mondiale.

Marie étant née pendant la Première Guerre Mondiale… Mon grand-père a t-il été enrôlé et a t-il disparu pendant le conflit ?
J’ai trouvé sa fiche matricule militaire : Jean a été réformé le 17 août 1914 pour ankylose du genou gauche. C’est une rigidité partielle ou totale de l’articulation. (source Wikipédia)
Il n’a donc pas participé à la Grande Guerre.

Les chances de découvrir l’épilogue de l’histoire s’amoindrissent.

C’est alors, que je consulte les procès verbaux du Conseil Municipal de Saint-Rémy sur Orne entre 1915 et 1920…

Là, je découvre que la famille Berthault est nommée plusieurs fois :

– Le 8 septembre 1915, le conseil décide de maintenir une allocation à Madame Berthault.

– Le 17 juin 1918, le conseil admet les enfants Berthault à l’assistance médicale gratuite.

– Le 2 août 1919, je cite :

Le conseil
Considérant que la famille Berthault Jean a mis la commune dans l’obligation de mettre à l’hospice de Caen deux de ses enfants âgés de …
enfants dans un état lamentable par manque de soins;
que ces enfants ont coûté au total la somme de 2882 francs pour frais d’hospitalisation en 1918… qui est une somme considérable pour notre maigre budget ;
que cette dépense va encore nous incomber pour 1919 ; 
Qu’en outre un troisième enfant de la famille Berthault qui est en nourrice à Culy-le-Patry peut d’un jour à l’autre tomber aussi à la charge de la commune ;
Que la famille Berthault a quitté la commune de St-Rémy et n’y reviendra jamais, ayant déjà été expulsée de son logement pour non paiement et grandes difficultés avec le propriétaire ;
Qu’enfin, à plusieurs reprises la famille Berthault a manifesté l’intention de faire mettre tous ses enfants aux Enfants Assistés, disant ne pouvoir les nourrir et qu’il n’y a pas à compter sur la bonne volonté du père et de la mère ;
Demande instamment que les deux enfants de Berthault actuellement à l’hôpital, ainsi que l’enfant en nourrice à Culy-le-Patry soient placés de suite aux Enfants Assistés, la commune ne pouvant pas continuer à supporter cette trop grosse charge.

Et enfin, le 1er septembre 1920, je cite :

Le Conseil,
Considérant que la famille Berthault Jean a certainement quitté la commune de St-Rémy sans esprit de retour puisque tout le mobilier a été vendu avant son départ en février 1919
Que trois enfants sont restés à la charge de la commune
soit
Berthault Marie âgée de…
Berthault Emilienne âgée de…
qui étaient à l’hôpital de Caen au moment où Berthault a quitté St-Rémy
Berthault Robert en nourrice à St-Lambert
Que Berthault Jean ni sa femme n’ayant pas reparu à St-Rémy depuis février 1919 et ne se sont plus occupés de leurs enfants, ces trois enfants ci-dessus dénommés sont réellement abandonnés
Demande en conséquence que les trois enfants soient remis sans retard au service des Enfants assistés, afin qu’il puissent bénéficier des soins et garanties de cette administration, la commune n’ayant pas qualité pour les élever, les soigner et les suivre.
Fait et délibéré en séance les jours, mois et an….

Le procès verbal est signé par tous les conseillers municipaux.

Ces faits sont profondément émouvants et terribles… et expliquent en partie les circonstances de l’abandon.

Par ailleurs, ironie du sort, les enfants ont vécu à proximité de leurs parents sans jamais les revoir.
Jean est décédé en 1942 à St-Pierre sur Dives et Louise à Caen en 1937.

Aujourd’hui, je n’ai découvert qu’un pan de la petite enfance de Maman ; mes grands-parents ont emporté leurs obscurs secrets avec eux !
Mais, je veux croire que Dame Misère est probablement la source de cette défection parentale !

Et vous, avez-vous fait des découvertes concernant des abandons d’enfants ?

 

Sources : Procès-verbaux de la commune de St-Rémy S/Orne – AD Calvados – 2MI-DM357

 

 

L’Hôtel de la Marine…

 
 

En décembre dernier, j’ai visité l’Hôtel de la Marine qui abrite le Ministère du même nom. 
Pour y pénétrer, il faut montrer « patte blanche » en justifiant de son identité et être accompagné d’un guide conférencier.

Le bâtiment se situe sur la Place de la Concorde, magnifique place parisienne, à l’angle de la rue Royale et a été classé monument historique en 1862.

C’est Louis XV qui le commanda à l’architecte Ange-Jacques Gabriel en 1757. Sa construction dura plus de 15 ans.

L’édifice était destiné à abriter le Garde-Meubles Royal.
Le public pouvait visiter les galeries de « la Quasimodo à la St-Martin » (de Pâques à la Toussaint) et admirer les différentes collections de meubles, de tapisseries et d’objets divers destinés aux châteaux royaux  et bien sûr les Joyaux de la Couronne.
En 1789, la veille de la prise de la Bastille, le bâtiment fut pillé par le peuple.
En 1792, ce sont les bijoux qui furent dérobés, dont le fameux « Régent ».

En pénétrant dans le bâtiment, je découvre l’Escalier d’honneur ou  Grand degré. Je l’emprunte pour accéder aux galeries comme l’avaient fait avant moi les visiteurs au XVIIIe siècle.


A l’étage, je longe la Galerie des ports de guerre avant de pénétrer dans les Salons diplomatiques et la Salle à manger et le Salon d’honneur. C’est dans ce salon qu’eut lieu le bal donné en l’honneur du sacre de Napoléon 1er en décembre 1804. Il servit également d’hôpital de campagne pendant la guerre de 1870 contre les prussiens.
Ces salons sont toujours utilisés pour les réceptions ministérielles.

La visite se poursuit par le Boudoir dit de Marie-Antoinette. Moment d’émotion : c’est dans cette petite pièce que le procès verbal de l’exécution de la reine fut signé en 1793 (An II de la République) :

Puis, j’entre dans le Salon d’angle ou Salon des « Sacrifices » au magnifique décor XVIIIe .
Par les fenêtres, j’aperçois la rue de Rivoli et le Jardin des Tuileries :

Je m’engage, ensuite, dans la Salle à manger de Thierry de Ville d’Avray.
Louis XV le nomma Surintendant du Garde-meubles en 1784. Il s’employa à embellir l’Hôtel et apporta un soin particulier à la présentation des Joyaux de la Couronne.

Au 18è siècle, l’usage des salles à manger s’est généralisé. Avant les repas étaient servis dans les chambres ou les antichambres.

Puis, j’accède à l’Antichambre carrelée ou Grand vestibule, la Bibliothèque et le Cabinet d’audiences du Surintendant. C’est dans cette dernière pièce que fut signée, en 1848, l’abolition de l’esclavage en France par Victor Schœlcher, Secrétaire d’état aux colonies et Louis Arago, Ministre de la Marine.

La visite s’achève par la Chambre dite de Marie-Antoinette : Cette pièce fut aménagée en chambre d’apparat pour la Dauphine lors de son mariage avec le futur Louis XVI.
Mais Marie-Antoinette n’a vraisemblablement jamais occupé cet appartement :

Plus près de nous, le bâtiment fut occupé par la Kriegsmarine pendant la Seconde guerre mondiale et l’occupation allemande.

 
D’ici la fin de l’année 2014, l’Etat-Major de la Marine quittera les lieux pour aller s’installer dans les nouveaux locaux du Ministère de la Défense.
 
Que va devenir ce magnifique bâtiment, témoin de nombreux épisodes de notre Histoire?
 
 
 
Sources : Notes prises pendant la visite – Photos : collection personnelle
 
 
 

#Généathème : une épine généalogique…

A l’aube de 2014, je vous adresse mes meilleurs vœux… Que cette nouvelle année soit sereine et bienveillante… et vous apporte de nombreuses découvertes généalogiques !

 

Photo E.A.

  Nous poursuivons notre généathème concocté par
                  +Sophie   Boudarel 
  Et ce n’est pas une fève de l’épiphanie que nous devons partager mais une épine généalogique !

 Que je vous livre tout de go :

Victor Emile BERTHAULT, mon arrière grand-père maternel, est né le 6 août 1836 à Saint-Pierre-du-Regard (Orne). Il est décédé le 28 Février 1898 à Saint-Rémy-sur-Orne (Calvados) à 61 ans. Il fut mineur.

Son épouse, Marie Suzanne TOURRE est née le 7 décembre 1845 à Rieux de Pelleport (Ariège). Elle est décédée le 29 novembre 1908 à Saint-Rémy-sur-Orne à 62 ans.

Ensemble, ils ont eu six enfants : Marie Elise  °12 avril 1875 à St-Pierre-du-Regard
                                                      Berthe Léonide ° 13 septembre 1876 à St-Pierre-du-Regard
                                                      Maria Augustine ° 31 janvier 1879 à St-Pierre-du-Regard
                                                      Jean Victor Albert ° 22 juin 1881 à St-Rémy sur Orne
                                                      Elise Marie Flavie ° 14 décembre 1884 à St-Rémy sur Orne
                                                      Marie Augustine Victorine ° 22 avril 1887 à St-Rémy S/Orne

Le couple s’installe à Saint-Pierre-du-Regard puis à Saint-Rémy-sur-Orne.

Mais où Victor & Marie Suzanne se sont-ils mariés ?

L’état civil de l’Orne ne m’apprend rien, pas plus que les tables de recensement de population.
Les archives militaires auraient pu m’indiquer le lieu d’une probable rencontre, mais les registres matricules militaires débutent en 1867 et  mon aïeul relève de la classe 1856.

Du côté de l’Ariège, pas d’archives en ligne, j’ai donc écrit à la mairie de Rieux de Pelleport : pas de mariage, non plus…
Par ailleurs, les parents de Marie-Suzanne sont partis s’installer en Algérie au moment de la colonisation. Ils y sont décédés en 1857 et 1858.
Marie Suzanne avait 10 ans.

Mes recherches sur Généanet et autres sites sont également restées infructueuses.

La distance est grande entre la Normandie et l’Ariège… Où chercher cet acte de mariage ?