Beaulne-Chivy & Verneuil-Courtonne, villages disparus…

Il est indéniable que la Généalogie et l’Histoire sont intimement liées. Je le vérifie chaque fois lors de mes recherches.

Ainsi, André Coulon, Sosa 18, est né le 10 frimaire An 14 (1er décembre 1805) à Beaulne-Chivy dans l’Aisne. Il est tisserand.
En 1826, il épouse en premières noces, Augustine DeBacq, originaire d’une commune voisine : Verneuil-Courtonne.
Le 5 août 1829, Augustine met au monde une petite Marie Andrine.
Mais, Augustine décède le 12 septembre 1829 probablement des suites de son accouchement et le bébé rejoint sa mère le lendemain 13 septembre.

Pas le temps pour André de pleurer sur son sort, il épouse en secondes noces, Ursule Adélaïde Brasselet, Sosa 19, le 27 octobre 1829 à Braye-en-Laonnois, soit 45 jours après le décès d’Augustine.

L’histoire est banale et pourrait s’arrêter là, mais…

Il existe dans le département de l’Aisne de nombreuses monographies de village rédigées par les instituteurs au cours du 19ème siècle.
Et lorsque je découvre de nouveaux lieux, je cherche systématiquement la monographie concernée. Mais, je n’ai rien trouvé concernant Beaulne-Chivy et Verneuil-Courtonne.

Et pour cause, situés sur le Chemin des Dames, ces villages sont entièrement détruits, éradiqués… lors de la Première Guerre Mondiale.

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Après la Révolution Française, la première commune est créée par la fusion de deux villages, Beaulne et Chivy .
En 1806, elle compte 212 habitants et environ 250 en 1914.
A la fin de la Première Guerre Mondiale, le village n’est pas reconstruit. Le décret du 9 septembre 1923 rattache son territoire à celui de Vendresse-et-Troyon et leur fusion donne Vendresse-Beaulne.

Avant 1914, Moussy-sur-Aisne et Verneuil-Courtonne appartiennent à la même paroisse mais forment deux communes distinctes depuis la Révolution.
Ces deux villages comptent quelques 330 habitants en 1825.
Entièrement détruits lors des combats, Moussy-sur-Aisne et Verneuil-Courtonne fusionnent en 1923 et sont rebâtis pour devenir Moussy-Verneuil.

Comme les militaires, les civils ont souffert et subi de nombreux préjudices lors et à cause des affrontements !

Et vous, avez-vous trouvé des villages ancestraux confrontés à l’Histoire?

 

 

 

Sources : Wikipédia et dictionnaireduchemindesdames.blogspot.fr
Image : Chemin des Dames, le portail : www.chemindesdames.fr

 

 

 

Touche pas à mon arbre !

Rassurez-vous, je ne menace personne !
Il est question, ici, d’un fait divers, d’une querelle de voisinage qui se passe en Auvergne, à la veille de la Première Guerre Mondiale.

C’est l’histoire d’un frêne qui pousse dans une haie vive… d’une haie qui est tiraillée entre deux compères qui revendiquent sa paternité… d’un frêne qui meurt d’un coup de hache… un geste qui mène ses soi-disant pères devant les tribunaux !

Reymond Achon & Pierre M… sont chacun propriétaire d’un pré séparé par la fameuse haie.
Pierre M… cueille, coupe, taille et profite des « fruits et produits » provenant de ladite haie… Mais, des disputes éclatent entre Reymond et Pierre M…à ce sujet.
La polémique enfle, et en février 1912, Grand-Père Reymond coupe un frêne et s’approprie son bois !

Mais, quelle mouche l’a piqué !

Son geste plonge le village, jusqu’alors paisible, dans un énorme débat.
L’affaire fait grand bruit  : on crie au charron, on vocifère… A la veillée, on jase au coin de l’âtre … Des clans se forment…
Le crime ne restera pas impuni : on saisit la justice ; en l’occurrence, c’est Pierre M. qui l’a saisit…
Justice qui, dans un premier temps, ne possédant pas assez d’éléments pour statuer a recours à l’expertise !
On nomme, donc, un géomètre dont le rôle est de visiter les lieux litigieux, en dresser un plan, vérifier les allégations des plaideurs, rechercher les bornes séparant les propriétés, déterminer par lesdites bornes si la haie doit être considérée comme mitoyenne ou comme appartenant exclusivement à l’une ou à l’autre des parties, rechercher si l’arbre abattu par Achon se trouve sur sa propriété ou, au contraire, sur la ligne séparatrice des deux propriétés.
L’expert pourra s’entourer de tous renseignements utiles et entendre tous indicateurs, qu’il tentera de concilier les parties ou à défaut de conciliation dressera de ses opérations un rapport qu’il transmettra par la Poste sous pli recommandé au Greffe du Tribunal Civil.

L’opération est fixée au matin du 25 février 1913, mais à cause du mauvais temps celle-ci est reportée au mardi 18 mars 1913 à 9 heures précises.
Ah, si le ciel ajoute son grain de sel… Il serait plus exact de dire ses gouttes de pluie… à l’affaire !

L’expert, Vital Allègre, accompagné des protagonistes, procède à toutes les vérifications demandées par le Tribunal et établit un plan ainsi qu’un rapport de quatorze feuillets.
Le rapport est un savoureux mélange de Clochemerle et d’analyse géométrique !

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Aucune conciliation n’étant possible, Pierre M… et Reymond Achon comparaissent devant le Tribunal Civil de Brioude.

Le 19 décembre 1913, la Justice rend son verdict :
… Attendu qu’il résulte de l’exploit introductif d’instance que le Sieur M. prétendait être propriétaire exclusif tant de la haie séparant de son terrain de celui du Sieur Achon, que des arbres s’y trouvant et aussi du sol sur lequel cette haie et ces arbres étaient enracinés, qu’il faisait, en outre, grief au défendeur d’avoir abattu et de s’être approprié un arbre, s’élevant dans cette haie et lui réclamait de ce chef une somme de mille francs à titre de dommages et intérêts et s’entendre à être condamné aux dépens…
… Attendu que l’expert indique dans son rapport que les parcelles numéros un et deux du plan sont exactement délimitées par la ligne déterminée par le milieu des deux bornes A et X ; que cette ligne traversant longitudinalement la haie dans son milieu, il s’en suit que cette haie est mitoyenne.
… Attendu que Achon reconnait avoir coupé le frêne dont la souche existe encore au point S du plan
… Attendu qu’étant donné le caractère de mitoyenneté de la haie, les arbres qui s’y trouvent sont également mitoyens (article 670 du code civil), qu’en procédant à l’abattage de cet arbre, Achon a incontestablement contrevenu aux dispositions des articles 669 et 670 du code civil qui indiquent que tant que dure la mitoyenneté de la haie, les produits en appartiennent aux propriétaires par moitié 
Mais attendu que de son côté, M… a reconnu qu’il avait taillé régulièrement la haie et les arbres de diverses grosseurs marquées par les lettres R,R’, P et O du plan, qu’en ce faisant, il a également outrepassé ses droits et n’a pas respecté le caractère de mitoyenneté de la haie
… Attendu enfin, que l’expert estime que la valeur de l’arbre coupé par Achon est sensiblement égale à celle du produit de l’élagage dont le demandeur a profité et que de ce chef les susnommés ne se doivent rien
… Par ces motifs, le Tribunal après en avoir délibéré, statuant publiquement… déclare M… mal fondé dans toutes ses demandes, fins et conclusions, l’en déboute et le condamne aux dépens…

Qui est bien qui finit bien, l’honneur de la famille Achon est sauf !

L’histoire ne dit pas si Reymond et M… sont restés fâchés.

Quelques mois plus tard, la grande Histoire plonge définitivement dans l’oubli cette querelle qui a fait beaucoup de bruit pour rien !

Et vous, avez-vous trouvé des archives relatant des querelles de voisinage ?

 

 

Sources : archives familiales