Une rencontre inattendue…

Dans mon dernier billet, Généathème : Avril, le mois des Ancêtres, je vous ai raconté ma rencontre imaginaire avec mon grand-père paternel !

En écrivant cet article, je ne me doutais pas que ma rencontre imaginaire se transformerait en une rencontre inattendue !

Parfois, le rêve et la réalité se rejoignent…
La généalogie engendre des « petits miracles »  et procure des instants de bonheur indicible que je ne résiste pas au plaisir de partager :

Mes grands-parents me sont inconnus et je ne possède aucun document familial les concernant hormis leurs actes de naissance, de mariage et de décès trouvés lors de mes recherches aux Archives Départementales ou dans les Mairies.

Mais, il y a quelques jours, Sylvie, une cousine germaine au second degré, m’a contactée via le site Généanet où elle a découvert mon arbre.
Nous ne nous connaissons pas.
Cependant, après avoir échangé quelques courriels, Sylvie m’écrit qu’elle détient une photo de ses arrières grands-parents donc de mes grands-parents…

Aujourd’hui, elle m’a envoyé la photo de Jules André Marly & d’Alphonsine Octavie Wallon.
Et je la remercie infiniment de m’avoir offert ce trésor !

Très émue, je découvre le portrait de mes ancêtres…

Je suppose que la photo a été prise lors d’une cérémonie, sans doute un mariage, car Jules a une boutonnière accrochée de sa veste.
Jules & Alphonsine sont visiblement intimidés et quelque peu empruntés devant l’objectif, mais ne sont-ils pas magnifiques, mes aïeux, surgi du passé !

Et, j’ai envie de leur dire :

« Chers Grands-parents,  

Je suis si heureuse de vous rencontrer… Enfin ! « 

Et vous, avez-vous fait des rencontres inattendues ?

#Généathème : Avril, le mois des Ancêtres…

Lors d’un voyage imaginaire, je musardais dans la campagne.
 
 
Chemin faisant, je rencontrais un vieil homme, assis sur un banc de pierre :

 -Bonjour…
      -Bonjour, me répondit-il, l’œil malicieux… Que fais-tu ici ?
– Je suis à la recherche de mes ancêtres paternels ! Je participe au généathème organisé par Sophie de la Gazette des Ancêtres et je dois mettre en lumière un de mes aïeux.
Le vieux monsieur tressaillit ! Il me dévisagea…
Visiblement ému,  il me demanda de m’asseoir à coté de lui :
      – Je vais te raconter une histoire, dit-il doucement :

            Je suis arrivé au monde, le mercredi 8 janvier 1868 à 7:00 du matin

Nous sommes sous le Second Empire et Napoléon III est l’empereur des français depuis 15 ans. La France compte un peu plus de 38 millions d’habitants dont 70% sont des ruraux.
         
           Je suis le cadet de la famille. Ma sœur, Adeline, a 12 ans à ma naissance.

Mes parents Joseph & Adeline sont manouvriers, autant dire que nous sommes des gens pauvres mais fiers comme ceux d’ici.

Nous habitons le petit village de Samoussy au nord-est de Laon. Il est bordé par une immense forêt domaniale et des marais et abrite quelques 200 âmes.
On raconte que l’illustre Charlemagne y est né en 771.
Le village est constitué d’une vingtaine de maisons et de quatre grosses fermes qui exploitent les terres alentours et emploient les habitants.
Nous travaillons durement et nous gagnons notre vie chichement : en été, le salaire moyen est de 3 Frs pour les hommes, 2 Frs pour les femmes et de 1 Frs pour les enfants. L’hiver, les salaires sont inférieurs.
Pour subsister, nous nous nourrissons essentiellement de pommes de terre,  de soupe de légumes et de lard.
Les jours de fête, nous mangeons parfois de la viande.
Le dimanche, durant la belle saison, nous nous rencontrons entre voisins et nous organisons des jeux.
         

En 1870, j’ai deux ans

 … La France déclare la guerre à la Prusse ! Mais après la défaite des français à Sedan, l’ennemi envahit notre région.
Ce n’est pas la première fois, déjà en 1814, les prussiens ont occupé nos campagnes et ont tout dévasté.

Après cette guerre, un décret gouvernemental ordonne aux communes d’ériger des monuments pour commémorer les morts pour la patrie.

A l’école, j’ai appris à écrire, à lire et à compter. D’ailleurs, lors du recrutement militaire, l’armée indique que mon degré d’instruction est de niveau 3.

Au printemps 1877, Adeline ma sœur, met au monde un fruit défendu : une petite Jeanne Marthe.

Fort heureusement, en octobre de la même année, elle épouse le père de l’enfant : Joseph Victor MATHIEU, un jeune veuf.


Le 14 juillet 1880, nous célébrons pour la première fois la Fête nationale.
Nous jouissons de nouvelles libertés : les réunions publiques sont autorisées et la presse est libre de s’exprimer comme elle le souhaite.
Et Jules FERRY instaure l’école laïque, gratuite et obligatoire.

Le 8 mars 1889, j’ai 21 ans. Je mesure 1m72. Je suis brun et j’ai les yeux gris. Je m’engage comme volontaire dans l’armée pour cinq ans. J’intègre le 3ème Bataillon d’Artillerie de Forteresse.

Tandis qu’à Paris, un certain Eiffel construit une immense tour en fer pour la grande Exposition Universelle.

Puis, je passe dans la réserve en mars 1892 et j’entre dans le Bataillon d’artillerie à pied de Maubeuge. 

Démobilisé, j’épouse Alphonsine Octavie Wallon, le samedi 10 septembre 1892. C’est une jeune fille du village voisin , Athies-sous-Laon. Elle a 22 ans et elle est manouvrière. Nos parents et nos amis sont présents à la mairie de Samoussy.

Nous signons l’acte de mariage, excepté ma belle-mère et son frère qui ont déclaré ne pas savoir.

Sept mois plus tard, le 22 avril 1893, notre premier enfant vient au monde, un garçon que nous appelons Jules Alphonse. Trop fragile, il ne vit que 17 jours avant de rejoindre les anges.

Puis, le 14 juillet, pendant que le pays est en liesse… nous pleurons la disparition de ma sœur.

Un an après, le 19 juin 1894, Alphonsine accouche d’une petite fille : Elise Germaine. 

Cette même année, la France est secouée par une affaire d’état : un capitaine nommé Dreyfus est accusé de trahison au profit de l’Allemagne. Il est condamné à la dégradation et à la déportation à vie… La controverse divise le pays…!

Ici, la vie continue et au fil des années, entre 1895 et 1911, nous aurons 11 autres enfants, 4 garçons et 7 filles : Germaine, Julienne, Emilienne, Andréa, Marcelle, René, Ida, Jules, André, Michel et Alice.

Nous nous installons successivement à Athies-sous-Laon, à Samoussy puis à Gizy ; là où je trouve du travail car je suis également manouvrier et je dois travailler durement pour nourrir mes petits.

Pendant ce temps, une découverte bouleverse le monde…
Les frères Lumière inventent : le cinématographe ! C’est un énorme succès qui attire la foule…

 

Mais cela n’amadoue pas mon caractère, je suis querelleur. Par deux fois, je suis condamné pour coups et blessures volontaires par le Tribunal Correctionnel de Laon. La première fois, le 22 mai 1896, par défaut, à huit jours de prison et la seconde fois, le 2 mai 1903, à cinquante francs d’amende.

          Mon père s’éteint à 73 ans, le 29 décembre 1902, dans sa maison.

Il ne connaîtra pas les bouleversements émergents avec la naissance du XXe siècle : le pays s’industrialise néanmoins, dans nos campagnes, les choses évoluent plus lentement. D’ailleurs, certains d’entre nous vont chercher une vie meilleure dans des contrées lointaines comme l’Algérie.
La République est partisane de la laïcisation et vote, en 1905, la loi sur la séparation de l’Église et de l’Etat.

Et bientôt, des évènements internationaux vont mener l’Europe vers un cataclysme : l’assassinat d’un Archiduc et un jeu d’alliances nous oblige à entrer, de nouveau, en guerre.
En août 1914, plus de trois millions d’hommes sont mobilisés.
Le conflit est mondial !

Pendant quatre ans, notre région est occupée par l’ennemi.
Les tranchées, où les soldats se battent, ne sont qu’à quelques kilomètres à vol d’oiseau de nos habitations.
Nous, les civils, subissons les exactions, les privations et les vexations que les allemands nous infligent.

Cinq ans après la Première Guerre Mondiale, Alphonsine décède à l’Hôtel-Dieu de Laon, le 16 février 1923.

Tu sais, la guerre nous a traumatisés… Aujourd’hui, certains veulent tourner la page et retrouver l’insouciance d’avant.
Nous vivons les « Années Folles » !
On m’a raconté qu’à Paris, une jeune danseuse noire, Joséphine Baker, se produit dans un spectacle appelé « La Revue Nègre ».   

Moi aussi, j’aspire à une certaine quiétude. Je me remarie avec Marie Elvire VANPUYVELDE, le samedi 7 juillet 1928 à 16:45 à la mairie d’Athies s/Laon… J’ai 60 ans et je ne veux pas finir ma vie, seul…

Pendant l’été 1936, le Front Populaire fait voter deux lois : la réduction du temps de travail hebdomadaire et l’octroie de deux semaines de congés payés.

Après une période de paix appréciable, la montée du fascisme en Europe, laisse à nouveau, planer le spectre d’un nouveau conflit… Le 3 septembre 1939, soutenus par le Royaume Uni, nous déclarons la guerre à l’Allemagne.
C’est la Seconde Guerre Mondiale !

Hélas, je ne verrai pas la fin des combats !

Pour moi, l’ultime moment est arrivé, je m’éteins le 6 janvier 1942 à 22:00 à mon domicile.

Ainsi, s’achève mon récit…

        

        Mais, je ne me suis pas présenté :

        Je m’appelle Jules André Marly. Je suis ton grand-père…




Signature de Jules André Marly


Sources : Acte de naissance de Jules : A.D Aisne : 5Mi0111(1863-1892) vue 33
                Acte de mariage de Jules & Octavie : Mairie de Samoussy
                Acte de décès de Jules : Mairie d’Athies S/Laon
                Fiche matricule militaire de Jules :A.D Aisne : 20R051 (1888) 
                Acte de mariage de Adeline & Joseph : Mairie de Samoussy
                Monographie de la commune de Samoussy : www.genealogie-aisne.com 
                Contexte – Thierry Sabot – Editions Thisa
                Bescherelle – Chronologie de l’Histoire de France – Hatier
                Images :
– Collection personnelle – Les carrières d’images aux Baux de Provence
– Carte de Cassini – BNF – http://www.gencom.org
– Construction de la tour Eiffel en 1888 – Gallica -BNF
– Affiche Cinématographe Lumière -Gallica – BNF

Découvrir les traits de caractère de ses ancêtres au travers des archives…

Il est toujours émouvant de découvrir les traits physiques ou les traits de caractère de ses ancêtres, voire surprenant….

Outre les documents ou les photos de famille (lorsque nous en possédons, mais ce n’est pas mon cas), les archives peuvent nous révéler certains détails relatifs au physique ou à la personnalité  de nos aïeux… Les fiches matricules militaires en sont un exemple :

Ainsi en découvrant celle de mon grand-père paternel

– Jules Victor MARLY, né le 8 janvier 1868 à Samoussy dans l’Aisne

J’apprends : qu’il mesurait 1m72, qu’il avait les cheveux et les sourcils noirs, que son visage était ovale, ses yeux étaient gris, son front était petit, son nez était ordinaire et sa bouche était moyenne.

Archives Aisne : FRAD002_20R051_0043 (1888)

 Je découvre, également, qu’il s’était engagé volontairement dans l’armée pour cinq ans, le 8 mars 1889.
Il avait intégré le 3è bataillon d’artillerie de forteresse dans l’armée active, puis le 2è bataillon d’artillerie à pied à Maubeuge.
Il passa dans la réserve le 8 mars 1892, l’armée territoriale en 1902 et il fut libéré de ses obligations militaires en 1915.

Rien d’extraordinaire, me direz-vous ?

Surprise.., la fiche militaire me révèle, également, que mon grand-père fut condamné par deux fois par le tribunal correctionnel de Laon :
– le 22 mai 1896 à huit jours de prison, par défaut, pour coups
– le 2 mai 1903 à cinquante francs d’amende pour coups et blessures volontaires !

Ainsi, mon aïeul aimait la castagne…!

Alors que mon père, à l’opposé, était un homme calme, posé et pacifiste.

Déconcertant, non…

Et vous, avez-vous découvert certains traits de caractère de vos ancêtres au travers des archives ?

#Généathème : La Première Guerre Mondiale… et mes ancêtres picards !

Mes ancêtres résident dans les villages de Athies/s/Laon, Gizy, Samoussy situés à quelques lieues de Laon.
Parmi eux, pas de soldats engagés pour combattre, les hommes sont trop âgés ou trop jeunes.

Laissez-moi vous conter leur guerre ; pour eux aussi, ça devait être : » La der des ders »… !

L’occupation allemande à Laon est l’une des plus dures que les populations civiles ont eu à subir. Elle va durer quatre longues années et éprouver les personnes :

Le territoire occupé est coupé du reste de la France et privé de toute information… Toute correspondance avec le pays est totalement interdite. La population ne connaît pas le déroulement des opérations militaires et ignore le sort des soldats… Dans ce contexte, les allemands procèdent à la germanisation du territoire…

Au moment de la mobilisation, à Laon :

« Le 1er août 1914, la ville est bouleversée, c’est une bien triste journée, la mobilisation. Le 25 août, les magasins ferment. L’exode de la population commence… Le 27, le dernier numéro du journal de l’Aisne paraît…
Le 30 août, les dernières administrations quittent la ville….
Le lendemain 31, c’est le dernier train qui quitte l’importante gare où se joignent Compagnie du Nord et Compagnie de l’Est.
Le mercredi 2 septembre, le Sénateur-Maire Mr G.Ermant… voit l’occupant entrer dans l’hôtel de ville… »

« Dès le lendemain, des officiers supérieurs en armes avec des soldats baïonnettes au canon envahissent le cabinet du maire et déposent une énorme réquisition : 70 000 kg de pain ou de biscuit, 20 000 kg de lard ou de jambon, 10 000 kg de riz ou de semoule, 20 000 kg de café torréfié ou de chocolat, 2 000 kg de sel, 70 000 kg d’avoine, 20 000 kg de cigares ou de bon tabac à livrer le lendemain 4 septembre à midi, sous peine d’exécution militaire.
Le maire répondit qu’il lui était impossible de remplir cette réquisition. pourquoi, ajouta t-il, tout cet appareil militaire vis à vis d’un homme désarmé ? Si vous me faites fusiller, vous me conduirez à l’immortalité…
Cette première demande de réquisition fut la seule qui n’eut pas de suite. »

La ville est transformée par l’ennemi :
L’occupant modifie le nom des rues, les magasins,  impose l’heure allemande (une heure de plus que l’heure française), accroche des portraits de l’Empereur, organise des fêtes allemandes.

Les maisons portent une pancarte obligatoire où sont mentionnées diverses indications : nom de la rue… nom, prénoms des occupants, sexe, âge, nombre de pièces des locaux et nombre de lits…

Il est interdit de déménager sans autorisation préalable…

Pour remplacer la presse interdite, les allemands publient leur propre journal : « Journal de guerre »…

Chaque jour voit son lot d’interdictions communiquées par voie d’affichage.
Tout déplacement de commune à commune est limité par un laisser-passer.
La circulation des personnes est étroitement surveillée
Les allemands réquisitionnent les produits alimentaires et les objets, astreignent la municipalité à d’importantes contributions financières et saisissent dans les industries matières premières et machines-outils qui sont envoyées en Allemagne…

La population est soumise au travail forcé et doit participer à l’effort de guerre allemand : plusieurs centaines de jeunes sont emmenés pour travailler sur les voies ferrées ou pour d’autres travaux pénibles…

La peur et la mort rôde :
Laon est située à vol d’oiseau à 15 km du front qui passe sur le « Chemin des Dames » du 15 septembre 1914 au 27 mars 1918. 

Au cours des 1502 jours d’occupation, la ville a connu des heures tragiques : des civils, parmi eux des femmes et des enfants, sont touchés par les bombardements.

L’une des choses qui va choquer l’occupé est l’accumulation des vexations :
-Le Général Commandant ordonne que la population masculine salue, en se découvrant, tous les officiers.
-Il est strictement interdit à la population de causer avec les prisonniers de guerre français, de leur faire signe, de les saluer ou de leur jeter des fleurs… Sous peine d’amende, d’emprisonnement voire de déportation.
Pour remplacer le chanvre, les allemands aspirent à récolter le plus possible d’orties (les feuilles sont comestibles, leurs tiges servent à fabriquer la toile des sacs de sable des tranchées). Ils embauchent pour rien les enfants qui sont surveillés, afin que le travail soit productif,  par leurs maîtres d’école…
Idem pour l’arrachage des pommes de terre…

Le ravitaillement alimentaire est difficile pour la population, d’autant que l’occupant réquisitionne presque tout. Le pain est rationné et n’est vendu que le matin…

Après toutes ces exactions, ces privations et ces vexations, l’heure de la libération sonne enfin, le 13 octobre 1918 :

Les troupes de la Dixième armée sont entrées, ce matin, dans Laon où six mille cinq cents civiles ont été délivrés…

Mais, lors de leur retraite, les allemands ont aménagé des traquenards pour retarder l’avancée des troupes françaises :

Ainsi le 16 octobre, des braves de la 3è Cie du 30è R.I se trouvent près de la « Maison Bleue » à Athies s/Laon. Les soldats sont affairés. L’un deux pousse la porte cochère et soudain, c’est le drame ! Une brouette a été dissimulée derrière cette porte ; trois mines sont agencées ; l’explosion se produit et les 48 soldats sont tués, déchiquetés…

                                                  ==============

Enfin, le 11 novembre 1918 près de la Flamengrie (Aisne), le sergent Sellier sonne  l’Armistice . Les combats viennent de se terminer ! Et ainsi s’achève l’horreur de cette terrible guerre.

 
 
 
 
 
 
 



  

Sources  : extraits de l’occupation de 1914-1918 à Laon – Pierre Lefèvre 
              Images : Gallica -BNF : Laon : un coin démoli -(photographie de presse) Agence Meurisse – 1918 
                           Wikipédia : Le bleuet de France   





12 – GénéA à Z – lettre K

K comme Konjetsky :

Signature d’Anna sur l’acte de
mariage de sa fille Louise x Jean-Baptiste
DUVERGET le 26 Juin 1827
A.D LAON 5MI0094

Parmi nos ancêtres, nous avons nos « préférés », Anna & Jean-François Wallon font partie de ceux-là.  J’avoue avoir passé de longues heures à enquêter sur leur parcours ; je les ai poursuivis mais pas complètement attrapés.

Anna Joséphine Konjetsky est une prussienne silésienne.
Elle est née un 29 ? 1785 (les archives ne précisent pas le mois) à Schweidnitz, aujourd’hui Świdnica en Pologne.
Świdnica est une ville dans la *voïvodie de Basse-Silésie dans le sud-ouest de la Pologne.

Ses parents sont Joseph & Marie-Thérèse BOCHMIN.

En rencontrant Jean-François WALLON, Conscrit en l’An 13, imagine t-elle que sa vie sera bouleversée.

Le 5 mai 1809, elle met au monde une fille : Louise Thérèse

Elle épouse Jean-François le 6 mai 1810 à Schweidnitz.

En suivant son mari, elle quitte son pays et sa famille.

Elle l’accompagne de camps en champs de bataille.

Pendant l’épopée napoléonienne, elle mettra au monde deux garçons, un en Westphalie, le second en Bretagne.

Elle traverse une partie de l’Europe, suit Jean-François à Brest, en Bretagne. Puis ils s’installent à Athies-sous-Laon dans l’Aisne après 1814 où elle met au monde trois autres garçons, l’un meurt à 5 cinq ans.

Elle est manouvrière.

Elle s’éteint le 10 avril 1864, à 78 ans :

Comment a t-elle ressenti tous ces bouleversements : la guerre, l’exil, la perte d’enfant… ?

Je l’ignore, mais j’imagine qu’il lui a fallu un extraordinaire courage et beaucoup d’amour pour Jean-François !

*voïvodie : division administrative en Pologne

Le Hurrah d’Athies-sous-Laon

 

Au moment où Jean-François Wallon obtint son congé absolu à Brest ; son village fut le témoin de faits historiques et douloureux pour ses habitants.

En 1814, l’Empereur Napoléon 1er fit face à la sixième coalition.
La retraite de Russie avait laissé une armée amputée. C’est donc avec beaucoup de nouvelles recrues, qu’il s’opposa à l’attaque des alliés.

Napoléon avait battu à Craonne avec ses 22000 soldats, les 22500 hommes du °feld-maréchal Blücher, l’ennemi de toujours, commandant en chef des armées prussiennes et russes.

Blücher, dans sa retraite, choisit le plateau de Laon comme position défensive. En effet, il domine de 25 mètres toute la plaine.
Blücher pouvait, depuis les terrasses de la cathédrale, observer les mouvements des troupes.

Napoléon, désirant prendre au piège Blücher, décida d’un mouvement de tenaille autour de Laon.
La branche droite de cette tenaille était confiée au °°Maréchal Marmont.
Le 9 mars au soir, ce dernier avait réussi une belle percée puisqu’il s’était avancé jusqu’à Athies sur la route de Marle, voie stratégique vers la Belgique en chassant les troupes prussiennes qui brûlèrent entièrement le village lors de leur fuite.

Le 10 au matin, l’Empereur pensait refermer sa tenaille. C’était sans compter, sur le glorieux fait d’armes du *Hurrah d’Athies qui restera dans l’histoire comme la défaite de Napoléon à Laon.

Dans la nuit du 9 au 10 mars, les troupes prussiennes revinrent et mirent en fuite les français qui se replièrent sur Festieux : la cavalerie n’avait jamais été utilisée pour les attaques de nuit ;  les soldats avaient la plus grande difficulté à identifier l’ennemi du compagnon d’arme, on cherchait à tromper en utilisant les cris de ralliement de l’adversaire.
Les flashs produits par les tirs d’armes fournissaient la lumière pour éclairer le champ de bataille, mais elle était aussi source d’éblouissement. Pour le cavalier, la nuit représentait un danger supplémentaire pour sa monture : un trou, un muret… étaient autant de pièges.

Le 5 avril, Marmont trahissait l’Empereur en ouvrant la route de Fontainebleau aux alliés. Paris fut pris. Napoléon abdiqua le 6 avril 1814.
Le 11 avril, le traité de Fontainebleau fixait les frontières du pays à celles de 1792.

L’épopée napoléonienne aura marqué nombre de mes ancêtres : soldats et civils,  leur laissant des stigmates à jamais indélébiles.
* Le hurrah était un terme militaire allemand qui signifiait : combat corps à corps, désordre…
Son but était de surprendre, submerger et anéantir l’adversaire peu importe les moyens utilisés. Il s’opposait à la bataille rangée.
°° Auguste Frédéric Louis Viesse de Marmont : né en 1774 à Chatillon sur seine, mort en 1852 à Venise. Duc de Raguse (1808) Maréchal de France (1809)
° Gebhart-Leberecht Blücher : né en 1772 à Rostock, mort en1819 à Krioblowitz
Prince Von Wahlsatt, Feld-Maréchal.
Source : www.AthiesSouslaon.com

Jean-François Wallon, conscrit en l’An 13

L’Histoire, parfois,  se confond avec la vie des petites gens et les entraîne sur des chemins improbables…
Un de mes ancêtres a suivi, malgré lui, ces chemins qui l’ont mené jusqu’au Royaume de Westphalie, contrée lointaine et éphémère et a transformé sa vie :
Jean-François Wallon (Sosa 48) voit le jour le 18 mai 1784 à Athies-sous-Laon dans l’Aisne.
A 20 ans, il mesure environ 1m57. Il a les yeux gris bleus, les cheveux et les sourcils blonds. Son visage est légèrement marqué par la petite vérole.

La conscription l’enrôle dans le 32e régiment d’infanterie de ligne (3e bataillon, 6e compagnie) le 11 Floréal An 13 (1er mai 1805).

SHD Vincennes 21 YC 282

Il est fusilier, puis tambour.

°Sa solde s’élève à 0,30 centimes (fusilier) ou 0,40 centimes (tambour) par jour qu’il touchera après la bataille et de façon aléatoire.
A l’époque, on exprimait la valeur des centimes en « sous » (1 franc valait 20 sous)

1 – Le 32e RI est constitué par les conscrits de l’Aisne. Basé à Montreuil puis à Etaples, il constitue un des maillons de l’armée d’Angleterre. Finalement, il part vers l’est et traverse le Rhin.
Il fait partie du 6e corps d’armée – Maréchal Ney puis du 1er corps d’armée – Maréchal Bernadotte.
Il participe à diverses campagnes : Autriche en 1805, Prusse en 1806, Pologne en 1807 ; plusieurs batailles dont de celle de Friedland sous le commandement de l’empereur.
Le régiment se couvre de gloire à plusieurs reprises. Ce n’est pas un hasard, si on le nomme : L’Invincible !

Le 1er mai 1808, Jean-François déserte l’armée et est rayé des contrôles pour longue absence… A- t-il déjà rencontré sa future femme, Anna Konjetzky ? Déserte-t-il pour elle ?

1 – A la même période, le 32e RI est appelé en renfort pour la campagne d’Espagne.

Anna est une jeune prussienne d’environ 23 ans, originaire de Silésie.

Elle met au monde leur premier enfant le 5 mai 1809 à Schweidnitz (aujourd’hui : Swidnica – Pologne) : Marie Louise Victoire Thérèse.
Pierre Joseph Hilaire (Sosa 24), leur premier fils naît le 26 mai 1810 à Coennéré – Royaume de Westphalie (aujourd’hui Könnern – Allemagne) .

Jean-François est rattrapé par la maréchaussée. Il intègre le 48e régiment d’infanterie de ligne ( 2e bataillon, 4e compagnie) le 7 juin 1810 après avoir été amnistié.

SHD Vincennes 21 YC 412

2 – Ce régiment fait partie de l’armée d’Allemagne – 3e corps d’armée – Davout, basé au camp de kirtschen en 1809 et au camp de Magdebourg jusqu’en juillet 1811 avant de participer à la campagne de Russie.

Mais avant d’être réincorporé, il épouse Anna, le 6 mai 1810 à Schweidnitz.

Le 5 avril 1812, il est muté au 7e bataillon de Vétérans (6e compagnie) à Brest. Il y arrive le 29 septembre de la même année.

SHD Vincennes GR 19 Yc 127

3 – Les vétérans sont affectés au service des place fortes ou des batteries côtières. Ils touchent une solde et portent l’uniforme militaire. En 1800, on comptait 12 500 hommes, en 1814 : 10 000 hommes.

En Bretagne, Anna accouche de leur 3ème enfant : François, né le 8 décembre 1813.

Jean-François obtient son congé absolu le 21 Novembre 1814.

La famille traverse la France, d’Ouest en Est, et s’installe à Athies s/Laon.

Trois autres garçons viennent agrandir la fratrie :
-Auguste Désiré, né le 26 Mai 1816, mais il meurt  en 1821 à 5 ans,
-Marcel né le 5 Février 1820,
-Jules Victor Onésime né le 2 avril 1823.

Pour subsister, Jean-François et Anna sont manouvriers/chiffonniers.

Jean-François décède le 26 Juillet 1832 à l’âge de 48 ans.
Anna lui survit 32 années et disparaît à son tour, le 10 avril 1864 à 78 ans.

Pendant une décennie, Jean-François, comme des milliers de soldats,  a arpenté une partie de l’Europe et vécu une épopée difficilement appréhendable : les batailles, les sacrifices, les marches forcées, la misère, la faim….
suivi par Anna et les enfants (comme beaucoup de femmes et d’enfants d’alors, qui ont suivi leurs maris et leurs pères au gré des batailles) : cela est déconcertant, voire inconcevable,  pourtant…

 

Sources :
 °Les soldats d’empire au quotidien de Jean-Pierre Mir – Editions Archives & culture
1*Historique du 32è régiment d’infanterie de ligne de 1775 à 1890 – SHD Vincennes- 4 M 42
2*Site : darnault-militaires.info/  
3*Histoire et dictionnaire du Consulat et de l’Empire – A.Fierro, A.Palluel-Guillard – J.Tulard

André MARLY, manouvrier et mendiant

*Au début du 19è siècle, la France compte 30 millions d’habitants dont 85% de ruraux.
L’espérance de vie d’un homme est de 38,3 ans contre 39,3 pour une femme.

Ma branche paternelle MARLY est majoritairement constituée de manouvriers…
*Fin 18è – Début 19è siècle, un manouvrier est situé au bas de l’échelle sociale juste avant les vagabonds et les errants.

La vie laborieuse et miséreuse de ces « petites gens » en Picardie me touche au cœur.
Affectivement, il est pénible de constater que certains ont souffert au point de finir leur vie dans le plus grand dénuement :

C’est le cas d’André Marly (Sosa 32).
Il naît le 5 novembre 1765 à Grandlup et décède le 29 mars 1818 à 53 ans.

Il est mendiant et sans domicile fixe.
Il s’éteint, à 5 heures du soir, dans la maison du maire de la commune de Sainte-Preuve.

Plus jeune, il a été manouvrier comme ses parents : François et Marie-Josèphe Lefèvre.

Il épouse Marie Elisabeth Célestine Vraine le 10 messidor an 3 (28 juin 1795) à Grandlup.

Ils ont 6 enfants : Simon Auguste, Joseph Alexandre, Jean Charles Casimir (Sosa 16), Marie Catherine Joséphine, Marie Rose Amélie et Marie Anne Célestine.
Ces deux dernières filles meurent en bas âge.

Mon récit est anecdotique et chaque famille rencontre son lot de heurs & malheurs.
Cependant, mon esprit pragmatique me pousse à penser que lorsqu’on est au bas de l’échelle, on ne peut que monter.
A force de courage, c’est ce que mes ancêtres ont fait de génération en génération.

Je suis fière d’être leur descendante.

Sources :

* CONTEXTE guide chrono-thématique Thierry Sabot (Editions Thisa)

*Voir les articles de Thierry Sabot sur le site de histoire & généalogie : » Les manouvriers » : http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article379
ainsi que : « Les manouvriers au début du 18è siècle, selon Vauban » : http://www.histoire-genealogie.com/spip.php?article287