L’ennemi invisible…

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature, généalogie et rencontres improbables avec nos ancêtres…

Je suis confortablement installée sur ma terrasse. Le printemps s’annonce : le ciel est bleu, le soleil brille, les arbres sont en fleurs, tout est calme. Seuls quelques oiseaux viennent déranger cette quiétude… C’est une belle journée
Pourtant, les nouvelles sont mauvaises… Nous sommes confinés à la maison… Covid-19, l’ennemi invisible nous guette. Nous attrapera-t’il ?
C’est dans ce contexte que j’aborde ce RDV ancestral.

Face à moi, le cerisier japonais offre ses grappes de fleurs blanches teintées de rose… Il est magnifique cet arbre au printemps…
Mais, est-ce une hallucination ? J’aperçois des hommes et des femmes, venus d’un autre temps, assis sur les branches… Certains chuchotent, d’autres m’observent inquiets…

Tout d’un coup, un solide gaillard se lève et m’interpelle :

– Lui, combatif : Alors, comme ça, il parait que vous êtes en guerre ! Où est l’ennemi ? Où sont les armées ?
– Moi, sidérée : Qui êtes-vous ?
– Lui, fier : Nous sommes tes ancêtres et nous avons ouï dire que vous étiez au plus mal.
– Moi, toute aussi fière : Merci… Pour le moment, nous allons bien et nous espérons que cela durera.
– Lui : Fichtre… Explique-nous… c’est la guerre ou pas ?
– Moi : En quelque sorte, oui… le pays lutte contre un ennemi invisible.
– Eux, en chœur, avec un mouvement de recul : Vous vous battez contre des fantômes !
– Moi, étonnée : Mais non… Nous nous battons contre un virus.
– Eux : Un virus ?
– Moi : Hum… Vous ignorez ce qu’est un virus !
– Eux, perplexes : …???

Le silence plane sur l’arbre.

– Moi : Pourtant, la grande majorité d’entre vous a été infectée par des virus et beaucoup en sont morts. Vous avez souffert bien plus que nous, puisque les épidémies entraînaient aussi des famines. Peste, choléra, dysenterie, typhus, etc… Vous appeliez cela des fléaux ! Je n’invente rien, lisez ICI et LA !
– Lui : Quelle tristesse ! Ainsi l’Histoire se répète ! Pourtant, il nous semblait que vous viviez mieux avec vos charrettes à quatre roues et ces immenses oiseaux de métal !
– Moi, dubitative : Oui, on appelle cela le progrès… Cela nous permet de voyager plus vite et plus loin, mais cela permet également de contaminer le monde à grande vitesse ! Les catastrophes s’enchaînent ! On parle alors d’effet papillon !
– Lui, levant les yeux au ciel : Sacrebleu… Que viennent faire les papillons dans cette histoire de virus ! Pas sûr, que vous soyez plus clairvoyants !
– Moi, un rien vexée : Plus clairvoyants… je l’ignore… Par contre, nos vies sont meilleures et plus confortables que les vôtres. Mais comme vous, nous n’échappons pas aux vicissitudes.
– Lui, renfrogné : Donc, nous pensions t’aider et nous sommes inutiles !

Là… C’est moi qui reste sans voix… Je les contemple avec tendresse.

– Moi : Mais, vous m’aidez plus que vous ne l’imaginez … Mes recherches pour vous connaitre, pour découvrir qui est qui, pour entrevoir vos vies… Tout cela m’évite de penser à cette actualité anxiogène.
– Lui, penaud : Nous le savons bien ! Ne nous en veux pas… Nous sommes des lourdauds ! Prends soin de toi et des tiens ! Nous veillons sur vous !
– Moi, reconnaissante : C’est gentil de veiller sur nous ! Parlons d’autre chose, j’ai mille questions à vous poser !
– Eux, d’une même voix : Nous devons repartir… mais compte sur nous, nous reviendrons !

Les branches du cerisier frémissent légèrement puis, c’est à nouveau le silence.
Ai-je fait un rêve ou est-ce l’effet du confinement ?…
Je raconte tout ceci à Mr… qui me regarde comme si je venais d’une autre planète 🙄



Sources :
Avec la participation involontaire de la Revue Française de Généalogie et de Jean-Louis Beaucarnot :
https://www.rfgenealogie.com/s-informer/infos/histoire/la-genealogie-du-coronavirus-des-similitudes-etonnantes

Epidémies et famines en France :
http://angeneasn.free.fr/epidemies.htm

Photo : Collection personnelle

#RVAncestral… Triple mariage à Vieille-Brioude !

Sur une idée de Guillaume CHAIX, du blog : Le grenier des Ancêtres, le Rendez-Vous Ancestral propose de nous propulser chaque  troisième samedi du mois à la rencontre de nos ancêtres.

Donc, ce matin, je pâtissais pour le concours du #PatrimoineGourmand de @GallicaBnF lorsque tout-à-coup… Pftt… Je fus transportée en Auvergne, à Vieille-Brioude, en Haute-Loire exactement, le mardi 21 janvier 1806 !

Ma cuisine avait changé de décor et je me retrouvais, un peu étourdie, à fouetter mes blancs d’œufs au bout d’une longue table rectangulaire, entourée de bancs. Autour de moi, plusieurs femmes s’affairaient également.
La maîtresse de maison, Gabrielle TAVERNIER, ne fut guère surprise de me voir :

– Allons, allons, dépêchons-nous ! Le four banal est chaud et nous devons y cuire les tartes et les gâteaux !

Dehors, le vent balayait la plaine, l’hiver régnait. Mais, Jeammes DELHERME, Sosa 72 de Monsieur et cultivateur n’en avait cure ! Il discutait à l’entrée du four avec les hommes du village.

Les jeunes gens, eux,  avaient décoré l’entrée de la maison avec des genévriers enrubannés et en avaient placé tout le long du chemin jusqu’à la mairie. Les rires et les plaisanteries fusaient…

La gaieté collective me gagna ! Je finis de monter mes blancs d’œufs à la fourchette. Mes joues avaient pris de la couleur… ce qui fit également rire l’assemblée.

Tous les gâteaux enfin prêts, nous les portâmes jusqu’au four où la chaleur nous enveloppa doucement.
Gabrielle s’approcha de Jeammes ; ils étaient heureux et semblaient soulagés.

C’était un jour important pour le couple qui mariait leurs trois enfants lors d’une seule et unique cérémonie :

– Antoine, 28 ans et Sosa 36 était promis à Madeleine RICHARD, 27 ans.
– Louise, 25 ans, était promise à Guillaume ROCHE, 25 ans et cousin des RICHARD
– Marguerite, 18 ans était promise à Philix RICHARD, 22 ans et frère de Madeleine.

Je ne pus m’empêcher de penser que c’était par souci économique.

Une table fut dressée avec les gâteaux et les tartes, enfin cuits… pour faire patienter les invités qui arrivaient.

Les futures achevaient de se préparer aidées par les demoiselles d’honneur.
Enfin, le cortège se rendit à la mairie dans une joyeuse cavalcade, accompagné des musiciens.

Les promis portaient le costume régional… La robe des mariées était  de couleur vive  agrémentée d’un châle sur les épaules. Elles portaient sur la tête la coiffe traditionnelle avec un bonnet orné de dentelles et de rubans.
Les futurs portaient des brayes (culottes bouffantes), une veste courte et un chapeau de feutre noir orné également de rubans ; sans oublier la chemise blanche, offerte par les promises.

A la mairie, les trois mariages s’enchaînèrent. Les époux furent témoins à tour de rôle mais ne sachant pas signer, leur nom furent transcris par le maire, Jean-Marie MARRET.

La cérémonie achevée, les invités se retrouvèrent au banquet ; on avait mis les petits plats dans les grands : viandes bouillies et rôties, volailles, jambons et lard furent servis ; le tout arrosé de vin sucré.

Puis, on dansa beaucoup : la bourrée bien sûr, mais aussi la mazurka,  la polka, et la branle …

En fin de soirée, les jeunes époux tentèrent de s’esquiver… Il leur fut difficile de passer leur nuit de noces seuls. Les jeunes avaient concocté des farces : lit en portefeuille ou garni de clochettes… En pleine nuit, les amis n’hésitèrent pas à les réveiller pour leur servir la rôtie (mélange de chocolat et d’œufs battus) dans un pot de chambre.

Quand à moi, j’eus à peine le temps de dire au revoir à Jeammes et à Gabrielle, qu’un tourbillon m’aspira de nouveau et je me retrouvais dans ma cuisine.
Et vous savez quoi… Je fouettais toujours mes blancs d’œufs, mais avec un batteur électrique !

 

Sources : A.D Haute-Loire, Vieille-Brioude, 6 E 293/3 1802-1812 page 114
Image : Mairie : Vieille-Brioude.fr