L’Ankou…

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature, généalogie et rencontres improbables avec nos ancêtres.

Image par SplitShire de Pixabay 

Les mois se suivent et ne se ressemblent pas… Alors qu’en mars, je vivais un instant de bonheur… en avril, mes rêveries m’entraînent dans le monde des ténèbres.

Nous sommes le 1er Floréal An V à Saint-Eloy, un village du centre Finistère à l’ouest des Monts d’Arrée, en pleine période révolutionnaire.
Si l’Histoire marque les esprits, en Bretagne, les légendes influencent aussi la vie de chacun …
Il paraît que des personnages terrifiants rôdent partout…
Bien que mon esprit repousse ces croyances, je ne suis pas rassurée d’être seule au milieu de la lande. Et, c’est en courant que je me dirige vers la maison de Guillaume GUILLOU, Sosa 234, au lieu-dit Roz.
Le pauvre homme s’est éteint et je suis conviée à ses obsèques.

Anne et Guillaume BILLAND, Sosa 116 et 117, la fille et le gendre du défunt m’accueillent. Anne a tout juste quarante ans et 8 enfants. En l’apercevant, je me souviens qu’elle est la plus jeune mariée de ma généalogie (cliquez)
Elle pleure son père qui était âgé de 69 ans, veuf de Corentine HERGOUALCH, maman d’Anne et de Catherine KERNEIS, sa seconde épouse.
Je serre Anne dans mes bras… un geste, un silence valent mieux qu’un discours.

Nous pénétrons dans la maison où quelques parents et amis sont réunis dans la pièce commune . La veillée s’organise alors que la nuit tombe.
La conversation est animée, chacun racontant ses souvenirs avec le défunt.
Un voisin, plus expansif, s’exclame, qu’il y a quelques temps, mon aïeul avait rencontré l’Ankou, ce qui est toujours un mauvais présage.

Je me tourne vers Anne, l’œil interrogateur.

Qui est cet Ankou ? lui dis-je.

Chut ! me répond-elle, il vaut mieux éviter de prononcer ce nom !

Je sens la peur et l’angoisse planer autour de nous. Chaque bruit exacerbe l’inquiétude de chacun : le souffle du vent glissant sur la lande, le hululement de la chouette, le grincement des portes, mais aussi, le craquement des bûches incandescentes dans la cheminée.
Je frissonne malgré la douce chaleur… mais, perplexe, j’insiste auprès d’Anne pour qu’elle me donne des explications.
Effrayée, elle reste muette.
C’est Guillaume, son mari, qui me confie à voix basse :
-L‘Ankou est le serviteur de la Mort qui collecte l’âme des défunts.

– …???…

Il continue :
Il a l’apparence d’un vieil homme aux cheveux blancs, maigre, couvert d’un feutre à large bords, une cape en velours noirs et il est armé d’une faux.
Il se déplace sur une charrette, tirée par un cheval blafard.
Deux silhouettes sombres la suivent, la première tenant le cheval par la bride et le second ouvrant les barrières et les portes.
Les deux l’aident aussi à ramasser les âmes des défunts, pour les empiler dans la charrette.

Ne me dites-pas… que vous l’attendez, bredouillé-je, ébranlée par ces révélations.

Je suis en plein cauchemar…
J’ai l’impression de me trouver dans un film d’horreur et je n’ai nullement l’envie de rester là, à attendre, la venue d’un zombi… mais, comment disparaître, à mon tour, sans heurter mes hôtes.

Guillaume a compris mon désarroi et me rassure. Il précise que l’Ankou est déjà passé… que je ne crains rien.

– Personne ne l’a vu, ici… c’est bon signe… car seuls, ceux qui vont trépasser dans l’année l’aperçoivent ou l’entendent ! insiste-t-il.

Je reste sans voix… J’ai beau me convaincre qu’il s’agit d’un mythe, cette discussion me déstabilise plus que je ne le veux.

Dans quelques heures, nous nous rendrons en l’église Notre-Dame-du-Fresq dans le bourg de Saint-Eloy pour rendre un dernier hommage à Guillaume GUILLOU et sauf le respect qui lui est dû, j’ai hâte que la cérémonie se termine.

Je n’ai jamais autant souhaité revenir au XXIe siècle… lorsque que je sens quelqu’un m’attraper le bras…
Paniquée, je me débats et je hurle :
Au-secours ! Anne, Guillaume

Cela ne va pasencore une de tes rêveries, s’écrie Mr, sur un ton railleur.

J’ouvre les yeux, stupéfaite… Remise de mes émotions, je lui raconte mon histoire en concluant :
Mais, pourquoi m’as-tu secouée…
Quelle frayeur ! J’ai cru que c’était lui qui…
Et puis, je n’ai pas eu le temps de dire au revoir à Anne et à Guillaume.

Goguenard, Mr rétorque :
-Et bien, retourne les voir !
en me tournant le dos pour vaquer à ses occupations et en me laissant seule avec mes fantômes.


Côté généalogie :

Ligne de vie Guillaume GUILLOU créée avec Frisechrono.fr
Descendance de Guillaume GUILLOU


L’Ankou est une figure importante de la mythologie bretonne. Selon certains érudits, il serait associé au dieu gaulois Sucellos, ayant pour fonction d’assurer la perpétuation des cycles des saisons, l’alternance de la nuit et du jour, de la mort et de la renaissance.

Souvent confondu avec la Mort, il n’en est pourtant que le serviteur. C’est en effet un personnage « psychopompe », il collecte les âmes des défunts dans sa charrette et les conduit dans l’Autre Monde en passant par les Monts d’Arrée. On le retrouve d’ailleurs figurant sur de nombreux calvaires et colonnes des églises bretonnes.

Quand on entend le WIG HA WAG de sa charrette, on sait que quelqu’un va bientôt mourir… On dit que celui qui le voit trépassera dans l’année ! On raconte qu’il est vêtu d’un grand manteau noir ou d’une cape, d’un chapeau à bords larges, que sa tête ne tient qu’à peine sur ses épaules décharnées. Son corps est bien fait de chair et d’os puisqu’il a été jadis l’un des nôtres !
Il prend le corps du dernier mort de l’année qui fera son office pendant un an et une nuit, tenant toujours dans sa main sa faux à la lame retournée pour renverser les trépassés.
(Sources : https://broceliande.guide/La-legende-de-l-Ankou)


Juste un instant de bonheur…

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature, généalogie et rencontres improbables avec nos ancêtres.

Il y a des matins où on aimerait que tout soit plus léger… un rayon de soleil pour illuminer la maison, un doux parfum pour annoncer le printemps et songer à des jours meilleurs…
Et parfois, il suffit d’ouvrir sa porte pour vivre son rêve…

Ce matin je sors de chez moi
Il m’attendait, il était là
Il sautillait sur le trottoir
Mon Dieu, qu’il était drôle à voir
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Ça faisait longtemps que j’n’avais pas vu
Un petit oiseau dans ma rue
Je ne sais pas ce qui m’a pris
Il faisait beau, je l’ai suivi
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Où tu m’emmènes, dis
Où tu m’entraînes, dis
Va pas si vite, dis
Attends-moi!
Comme t’es pressé, dis
T’as rendez-vous, dis
Là où tu vas, dis
J’vais avec toi

J’ai suivi l’oiseau qui m’a menée jusqu’à Athies-sous-Laon, petit village axonais.
Nous sommes le jeudi 20 mars 1845, en fin d’après-midi. Demain sera le vendredi saint annonçant les fêtes de Pâques.

Je me trouve à proximité de la maison de Louis François MEREAUX,
Sosa 22. C’est un homme d’âge mur. Il a 43 ans et exerce le métier de cordier. Son visage porte les stigmates d’une vie faite de labeur, de joies et de peines.

Dissimulée derrière un bosquet, je l’observe… Je n’ose pas le déranger.
Je sens l’homme fébrile, nerveux et impatient… Il fait les cent pas devant la maison…

A côté de moi, l’oiseau s’est posé sur une branche. Il sautille sur place et semble me dire :
– Allez… Vas-y… Vas lui parler !

Je m’approche de Louis François :
-Bonjour,
Puis-je vous être utile, vous semblez si inquiet !


Il me regarde comme si j’étais une extra-terrestre (ce qui est un peu le cas)
-Oui, oui, je suis inquiet ! Marie, ma femme est en train d’accoucher de notre onzième enfant et elle n’est plus toute jeune. (Marie Louise Marceline LAVANCIER, Sosa 23 a 39 ans)
C’est une femme solide, mais… Et le bébé à venir, va t-il survivre ?
Nous en avons déjà perdu quatre âgés de moins d’un an.

J’aimerai le rassurer, lui dire que tout se passera bien pour la mère et l’enfant… lui dire que c’est une fille qui va naître, qu’elle vivra, qu’elle se mariera à 17 ans, qu’elle habitera à Saint-Denis en région parisienne et qu’elle sera la petite dernière de la famille.

Mais, je n’ai pas le temps d’ouvrir la bouche que des voix s’élèvent dans la maison.
La sage-femme sort de la chambre portant un précieux fardeau au creux des bras.
Louis François se précipite à l’intérieur. Soulagé, il embrasse Marie et s’émerveille devant cette petite fille que le couple nomme Louise Octavie.
Louis François ira la déclarer à la mairie, demain matin, accompagné par deux voisins.
Etonnés, ses six frères et sœurs tendent le cou pour observer la petite poupée emmaillotée.

C’est le printemps et l’enfant paraît…
Discrètement, je laisse mes ancêtres savourer ces tendres moments d’intimité.

Je retrouve mon petit compagnon à plumes et nous continuons notre voyage…

On est arrivé sur le port
Il chantait de plus en plus fort
S’est retourné, m’a regardé
Au bout d’la mer s’est envolé
J’peux pas voler, dis
J’peux pas nager, dis
J’suis prisonnier, dis
M’en veux pas
Et bon voyage, dis
Reviens-moi vite, dis
Le p’tit oiseau de toutes les couleurs
Bon voyage!
Reviens vite, dis!
Bon voyage!

La réalité me rattrape alors que la radio diffuse les dernières notes de la chanson de Gilbert Bécaud.
L’instant d’après, un journaliste annonce qu’aujourd’hui, 20 mars, nous célébrons la Journée Internationale du Bonheur, du Conte et du Moineau…
Tout ce qu’il faut pour rédiger un #RDVAncestral !

Qu’en pensez-vous ?

Juste pour le plaisir d’écouter :


Sources :
Image gratuite Pixabay : Birds on the tree branch 3610104_1280
YouTube : TempsChronos

Acte de naissance de Louise Octavie = A.D Aisne – Athies-sous-Laon-5Mi0095-1843-1852 Vue 71/374

Le 20 février…

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Image gratuite Arek SOCHA-Pixabay

-Quel jour, sommes-nous ?

Une petite voix intérieure, me répond :
Nous sommes le 20 février !

-Le 20 février, jour du RDVAncestral !
Dommage, je ne peux pas y participer car je suis invitée à un mariage.
Plus précisément, je dois assister à deux mariages.

-Deux mariages, le même jour…
Cette coïncidence est étrange pour ne pas dire bizarre.


-Tu as dit bizarre !

Etrange, bizarre,

-Que diras-tu quand je t’aurai précisé que le futur marié des deux cérémonies est une seule et même personne… Et oui !

Oh ! non… d’un coup, je réalise… les, les… pauvres épouses !
C’est, c’est monstrueux… je ne peux pas être complice de cette mascarade !
Je refuse… je ne veux pas… je n’irai pas…

Je tremble et mes mains sont moites…
Que dois-je faire ?
Aller trouver le promis pour lui dire ce que je pense de son « modus operandi »… Il n’aurait que ce qu’il mérite !
Aller réconforter les mariées mais, trouverai-je les mots justes pour les consoler…
Cette histoire est saugrenue… ce qui doit être un beau jour n’est finalement qu’un mauvais rêve !
Mon esprit est torturé… J’ai envie de crier !

Bip, bip, bip…
Je sursaute ! Mon coeur s’emballe !
Quelques instants sont nécessaires pour m’aider à sortir de cette agitation…
Bip, bip, bip…
C’est l’alarme de mon téléphone qui manifeste…
Bip, bip, bip…
Je réalise, enfin… Ce n’était qu’un affreux cauchemar !

Il faut vraiment que je cesse de chercher mes ancêtres, le soir.
Je me suis endormie sur le clavier de mon ordinateur et… j’ai encore rêvé !

Sur l’écran, mon logiciel de généalogie est ouvert sur la fiche de
Etienne BONNAIRE, clerc laïque à Pierrepont dans l’Aisne (02).
Il est né le 26 décembre 1734 à Monceau-le-Waast (02) et est le quatrième des douze enfants d’Etienne, clerc laïque & de Marguerite BALOSSIER, Sosa 172 et 173.
J’ai déjà parlé de mes ancêtres, ICI

Le mardi 20 février 1759, Etienne épouse Marie-Françoise CERVEAU à Goudelancourt-lès-Pierrepont (02). Ils ont respectivement 24 et 21 ans. Trois enfants naissent de leur union.
Le mardi 20 février 1770, il épouse en secondes noces, Marie Madeleine VAIRON, à Coucy-lès-Eppes (02). Ils ont cinq enfants dont trois décèdent à moins d’un an.

Quel hasard rocambolesque, n’est-ce-pas… Se marier deux fois, le même jour et le même mois mais, fort heureusement, à onze ans d’intervalles !

Fichier personnel Hérédis


Sources :
-acte de naissance de Etienne Bonnaire : A.D Aisne -Monceau-le Waast – 2Mi0491 – Vue 121
-acte de mariage Etienne Bonnaire & Marie Françoise Cerveau : A.D Aisne – Goudelancourt-lès-Pierrepont – 2Mi0530 – Vue 42
-acte de mariage Etienne Bonnaire & Marie Madeleine Vairon : A.D Aisne – Coucy-lès-Eppes – 5Mi0525 – Vue 153

Un conte de Noël…

Image libre de droit -Pixabay.com

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Il était une fois… en Normandie dans le village de Tournebu…

C’est la veillée de Noël dans la maison de Jacques et Renée (Sosa 2012 et 2013).
Le feu crépite dans la cheminée. les flammes dansent et scintillent telles des étoiles.
Petits et grands sont blottis autour de l’âtre… Un vieil homme, à la barbe blanche, raconte une histoire transmise depuis la nuit des temps… l’histoire d’un enfant né dans une étable et de trois mages venus le célébrer !

La voix du vieillard raisonne dans la maison silencieuse… Dehors, seul, le vent lui répond de temps en temps tandis que la neige étend son manteau blanc.

L’auditoire recueilli écoute religieusement… les minutes s’égrainent lentement… Minuit va bientôt sonner… Alors, il sera l’heure pour la maisonnée de fêter la naissance de l’enfant roi !

Cette histoire se répète inexorablement depuis plus de deux mille ans.
Et parfois, la magie de Noël fait que le conte et la réalité se confondent l’un et l’autre…

Le dimanche 25 décembre 1695, Nicolas (Sosa 1006) et Jeanne, les enfants de Jacques et Renée accompagnent leur père à l’église.
Jacques porte un précieux présent dans le creux de ses bras…
C’est un bébé… un fils né avec les premières lueurs de ce jour de joie.

François est baptisé le jour même en présence de François JEANNE et Marie LIEGARD, ses parrain et marraine.

Mon conte de Noël s’achève avec ce dernier détail : mon ancêtre se nommait DIEULAFAIT … (et ça, je ne l’ai pas inventé !)

Acte de baptême de François DIEULAFAIT – A.D Calvados – Tournebu – 1692-1792 – Page 29


Descendance de Jacques DIEULAFAIT jusqu’à moi

C’est l’histoire de la vie
Le cycle éternel
Qu’un enfant béni
Rend immortel…

Je vous souhaite de très belles fêtes de fin d’année ! Prenez soin de vous et de tous ceux que vous aimez !

Le bois des amoureux…

Manoir de Coatserho – Ploujean-Patrimoine

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J’ai besoin d’évasion et pour ce #RDVAncestral, mes rêveries m’emmènent vers le Ponant, dans le Finistère…

Nous sommes le 26 octobre 1716 et j’arrive devant le manoir de Coatserho situé à Ploujean, à proximité de Morlaix.
Le manoir est une bâtisse ancienne autrefois appelée « Coasterhou », ce qui veut dire « bois des amoureux « .
Une jeune fille m’attend devant la porte d’entrée.

Bienvenue !… Entrez ! Je vous attendais…
Il faut nous dépêcher… Il reste peu de temps avant le mariage et il y a encore tant à faire !

Nous traversons plusieurs pièces, empruntons un escalier de pierre puis, nous pénétrons dans un boudoir attenant une chambre à coucher. Une robe brodée et ses accessoires sont étalés sur le lit.

Qu’attendez-vous… Aidez-moi à me vêtir, le temps presse !

Je la regarde, interloquée !

Vous vous méprenez ! Je ne suis pas là… pour cela !
Je suis venue car je souhaite écrire mon histoire familiale… Je pense que vous appartenez à ma parentèle.
Serait-il possible que vous confirmiez mon pressentiment !
En contrepartie, je veux bien vous aider à vous préparer…


Mais, qu’est-ce qui me prend à vouloir jouer les soubrettes ! Je m’épate moi-même, mais il est trop tard pour revenir sur ma proposition.

La demoiselle s’installe devant sa coiffeuse tout en m’observant dans son miroir.

– Que voulez-vous savoir ?

– Tout ! lui dis-je,

Je m’approche d’elle… c’est une jeune fille d’une vingtaine d’année. Elle est si jeune… Que pourrait-elle me dévoiler sur sa vie et celle de ses ancêtres ?

-D’accord, ne perdons pas de temps, répondit-elle !
Je me nomme Marguerite DU PLESSIX, Demoiselle de Kertanguy. J’appartiens à la noblesse de ce pays
.
Je suis née le 21 juin 1696 à Garlan mais, j’ai grandi, ici même dans le manoir familial.
Mon père, Charles Martel DU PLESSIX, Sieur de Kertanguy et écuyer, a épousé en 1694, ma mère, Claudine GUYOMARC’H, alors jeune fille roturière de la paroisse. Ils ont eu deux enfants, moi-même et Jean. Mon frère est mort en bas âge, me laissant seule héritière.
Mon père est également né ici en 1655, mais ses lointains ancêtres étaient originaires de Navarre et proches d’Henri IV.


Elle parle et je l’aide à revêtir sa robe de mariée.

-Je partage avec Aliénor d’Aquitaine, Reine de France et d’Angleterre et mère de trois rois, quelques 27 liens de parenté. J’admire cette aïeule qui a sans cesse sillonné l’Europe pour préserver la paix.
Plus près de moi, mon grand-père paternel, François DU PLESSIX, est décédé subitement, en 1659, en se rendant à la foire de Guingamp. Il s’était marié en 1642 à Renée de Lanloup avec qui il a eu 13 enfants, mais tous n’ont pas été baptisés.
On suppose alors que le curé posa ses conditions à l’inhumation de mon grand-père dans l’église. Ma grand-mère, fille de l’ancien serviteur d’Henri IV, dut se soumettre … Du coup, mon père âgé de 4 ans et deux de ses frères ont été baptisés ensemble « pour urgente nécessité », le dimanche suivant l’inhumation de mon grand-père.


Tout en écoutant son récit, je m’applique à lacer les jupons, le corset… Heureusement que les tenues vestimentaires ont évolué… pensais-je ! Quel travail !

De son côté, Marguerite continue son récit.

– Mon arrièregrand-père, Claude de Lanloup, était un des cent gentilshommes de la chambre d’Henri IV.
Quant à mon trisaïeul, Yves de LISCOËT, calviniste et maréchal de camp de ce bon roi Henri, mourut en combattant les espagnols à Crozon. Il était un farouche ennemi de La Ligue. Il perdit sa main droite lors du siège de Carhaix.
Voilà, je vous ai tout dit !


Surprise par ses révélations toutes aussi romanesques, je reste silencieuse quelques instants, puis je m’aventure à lui demander :

-Et aujourd’hui, vous vous mariez ! Puis-je savoir qui est l’heureux élu ?

– L’aristocratie voyait en moi un bon parti, mais mon mariage est une mésalliance comme l’union de mes parents.
J’épouse l’homme que j’aime… Il se nomme Ollivier MORVAN, un honnête propriétaire cultivateur, lieutenant de la milice paroissiale.

-Je sais qui est Ollivier,
répondis-je,
Nous avons des ancêtres communs, Allain MORVAN & Perrine GARION. Ils sont mes très lointains ancêtres directs puisqu’il me faut remonter 12 générations et Ollivier est un de leurs arrière-petits-fils.
Il descend de leur fils aîné, Ollivier, son grand-père, né en 1626, et je descends

dYves, son frère, né en 1635.

-Nous appartenons donc à la même famille, convenons-nous toutes deux, étonnées et ravies.

Je finis d’ajuster la robe et je fixe la coiffe en dentelle dans ses cheveux relevés en chignon.

-Je vous remercie de m’avoir aidée à me parer pour la cérémonie. Je suis fin prête.
Désirez-vous m’accompagner ? Je vous présenterai mes parents ainsi que la famille !

-Vous êtes une ravissante mariée ! Je vous souhaite beaucoup de bonheur !

Se marier en octobre est de bon augure, vous pouvez me croire !

Ce moment d’intimité avec Marguerite me ramène à mes propres souvenirs… Nous nous dirigeons vers les pièces de réception du manoir.
Un groupe de sonneurs annoncent les invités au son des bombardes et des binious. Les festivités peuvent commencer !

Ollivier et Marguerite regardent sereinement vers l’avenir.
L’avenir tient dans leur nombreuse descendance… Ils auront treize enfants.
Cependant, leur dernière née sera baptisée le jour du décès de son père, le 16 août 1739.
Marguerite, Dame de Kertanguy, s’éteindra le 15 octobre 1747 dans son manoir.

A la fin de mon rêve éveillé, des recherches plus approfondies me révèleront qu’Elisabeth II, Reine d’Angleterre ainsi que S.A.S Albert II, prince souverain de Monaco possèdent également des liens de parenté avec Marguerite DU PLESSIX, dernière héritière des Seigneurs de Coatserhou…
Alors, faut-il penser que j’appartiens aussi à leur parentèle ! Je n’ose le croire !

Aujourd’hui, le manoir de Coatserho existe toujours. Il est la propriété de François de Beaulieu et il a fait l’objet d’une importante restauration entre 2010 et 2011.

Sources :
Ploujean Patrimoine – Hervé TEURNIER, un de mes cousins à la mode de Bretagne – que je remercie pour tout son travail réalisé sur Ploujean et son histoire.
Image : Manoir de Coatserho- Ploujean-Patrimoine






La fillette et la comète…

Dessin de la comète de 1811, par Mary Evans – vaonis.com


Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature, généalogie et rencontres improbables avec nos ancêtres.

Nous sommes en septembre 1811 et j’ai rendez-vous avec mon Sosa 19, Ursule Adélaïde BRASSELET en Picardie.

Je l’aperçois alors qu’elle quitte la maison de ses parents, Jean-Baptiste, scieur de long et Geneviève LAMBERT à Brayes-en-Laonnois, un petit village axonais.

C’est une fillette âgée de 7 ans, aînée d’une fratrie de trois enfants. Geneviève, leur mère, est décédée, il y a un peu plus d’un mois, le 16 août.
Ursule Adélaïde a beaucoup pleuré mais, on lui a dit qu’elle avait atteint l’âge de raison… Donc, à présent, elle doit sécher ses larmes et elle doit travailler.

Ursule Adélaïde, descendante de vignerons et de tonneliers, est placée comme domestique.

– Bonjour… me permets-tu de t’accompagner un moment, lui dis-je doucement.

Elle me regarde et je lis dans ses yeux tant de tristesse que les miens se remplissent de larmes. Je fais un gros effort pour les retenir.
Elle est encore si petite, si frêle…
Nous marchons côte à côte, silencieuses, sous un soleil de plomb.
Nous traversons les coteaux recouverts de vignes où les raisins gorgés sont pleins de promesse.

Je fouille dans mon sac et sors des petits gâteaux.
– C’est moi qui les ai confectionnés ! dis-je en souriant
En, veux-tu ?
Ursule Adélaïde accepte mon cadeau et mange en m’observant… Peu à peu, elle semble moins réservée.
– Comment t’appelles-tu, dit-elle en croquant un biscuit ?
– Je m’appelle Evelyne… Je viens de loin, de très loin… Nous sommes parentes…
Je sais que tu as du chagrin et que ta maman te manque énormément… J’aimerai tant t’aider et te voir sourire.

Nous marchons longtemps en faisant connaissance et nous arrivons, à la nuit tombée, devant la maison des maîtres d’Ursule Adélaïde.
Au-dessus de nos têtes, Vénus, l’étoile du berger scintille et des milliers d’autres étoiles brillent peu à peu… Tout à coup, une comète traverse la voûte céleste traînant, derrière elle, sa longue chevelure lumineuse.

Ursule Adélaïde glisse sa main dans la mienne et la serre.
– N’aie pas peur ! Tu ne crains rien ! Regarde, c’est magnifique, lui dis-je, éblouie.
C’est une grande chance de voir un si beau spectacle !

Autour de nous, les adultes sont moins enthousiastes. Superstitieux, ils voient dans cette bizarrerie un mauvais présage annonciateur de calamités… sans doute la fin du monde !

Je les rassure :

– Non, ce n’est pas la fin du monde… Il s’agit simplement d’un phénomène astronomique !
En mon for intérieur, je pense :
-Sinon, je ne serai pas là à écrire ce texte…

Je regarde Ursule Adélaïde tendrement. Notre rencontre s’achève tandis que la comète disparait dans la nuit. En guise d’adieu, je lui confie un secret:

– Quand tu auras de la peine, regarde un ciel étoilé ! Chaque étoile est l’âme d’une personne que nous avons aimée. Ta maman est parmi ces étoiles et veille sur toi !

Courageuse et rassurée, Ursule Adélaïde me sourit, m’embrasse et s’éloigne.
Je la regarde entrer dans sa nouvelle maison tout en songeant à sa vie future.

Jean-Baptiste, son père, se remariera et aura trois autres enfants dont deux mourront en bas âge.
Le 27 octobre 1829, âgée de 24 ans, Ursule Adélaïde épousera Etienne André COULON, Sosa 18, un berger tisserand. Ils auront quatre enfants.
Jean-Baptiste décédera, deux ans plus tard, en 1831.
Ursule Adélaïde rejoindra les étoiles à 69 ans, le 27 octobre 1873, à Samoussy (02).

A leur tour, les vignes des coteaux laonnois disparaîtront avec la Première Guerre Mondiale.

En attendant, demain, les raisins seront récoltés, le vin coulera à flot… Ce sera un bon cru !
1811 restera dans les annales comme une année viticole exceptionnelle autant en quantité qu’en qualité en Europe.

La Grande comète de 1811 (C/1811 F1) est une comète qui fut découverte par Honoré Flaugergues, astronome amateur et juge de paix, à Viviers en Ardèche, le 25 mars 1811. Visible pendant 9 mois à l’œil nu, et 17 mois avec instruments, elle est restée associée à une année d’excellents vins  en Europe.
Elle est aussi nommée la comète de Napoléon.
En Europe, les caractéristiques extrêmement spectaculaires de la comète ont profondément marqué les contemporains. Sa conjonction avec une vague de chaleur inédite a suscité des inquiétudes de fin du monde, dont on trouve des échos dans la littérature de l’époque, même beaucoup plus tard, et dans des ouvrages aussi inattendus que par exemple la Physiologie du goût de Brillat-Savarin, pourtant publiée seulement en 1825, soit 14 ans plus tard. Par la suite, Léon Tolstoï la décrit dans Guerre et Paix comme un présage de mauvais augure.
(Source : Wikipédia.fr)

Où est l’acte de décès de Maria ?

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature, généalogie et rencontres improbables avec nos ancêtres…

Ce matin, je me réveille fatiguée… La nuit fut mouvementée !

Tout a commencé hier soir alors que je cherchais un acte de décès.

Ma quête a duré toute la soirée jusque tard dans la nuit… Me suis-je endormie devant l’ordinateur, je ne saurai le dire précisément…
Toujours est-il qu’à mon réveil, je me suis retrouvée au milieu d’un décor surréaliste et baroque…
Imaginez une immense bibliothèque aussi grande qu’une cathédrale. Les murs sont recouverts d’étagères du sol au plafond et une multitude d’échelles y sont adossées. Sur les étagères, des registres poussiéreux défilent, entrent et sortent sur des rythmes cadencés !

Au milieu de ce tohu-bohu, j’entends des murmures venus d’ailleurs : des babillements de nouveaux-nés, des cris de joie et des « Vive les mariés », des plaintes et des pleurs autour de ceux qui disparaissent !
Imperturbables, les registres des tables décennales surveillent les va-et-vient et enregistrent scrupuleusement chaque événement.

L’un d’eux particulièrement défraîchi et usé par le temps m’aperçoit et s’approche en claudiquant. Sa couverture couleur cramoisie part en lambeaux, une toile d’araignée lui sert de couvre-chef… Il marmonne à travers une moustache composée de fils cotonneux et de débris et me demande ce que je fais parmi eux !

– J’ignore comment je suis arrivée là !… Voilà des mois, pour ne pas dire des années que je cherche l’acte de décès de mon aïeule, me plaignis-je ! Pouvez-vous m’aider ?

Il me répond d’une voix rauque :
– Crois-tu que nous n’avons que cela à faire ? Vous autres, les généalogistes, êtes toujours à la « recherche de »… Si nous devons faire le travail à votre place, où allons-nous ?… lance-t’il en expulsant un nuage de poussière et en tenant ses pages décousues !

Mais, ne vous fâchez pas, enchéris-je ! Vous êtes les mieux placés pour me répondre ! Sinon à quoi, servez-vous ?

A quoi, servons-nous ? Elle est bien bonne, celle-là, vocifère t-il ! Notre travail est d’enregistrer et non de chercher ! C’est à toi de chercher et si tu es incapable de le faire… Fiche le camp d’ici, tu nous fais perdre notre temps !

Etes-vous toujours aussi bougon ? dis-je un rien moqueuse… Je pensais naïvement que vous étiez bien aise que les généalogistes, consultent vos pages jaunies et vous évitent ainsi l’oubli !

– Argh…! Que veux-tu exactement ?

– Ah, voilà qui est mieux ! Je ne trouve pas l’acte de décès de Maria Joséphina Alberta Appolonia Valentina JEANNE, mon Sosa 31…
Il doit bien se trouver quelque part dans tous ces registres !

Dois-je vous rappeler qu’elle est née le 20 mars 1850, à May-sur-Orne dans le Calvados, de François Exupère et de Victoire LAQUAINE, ses parents.
Le 10 mars 1869, à 18 ans, orpheline de père et de mère, elle épouse Ferdinand Alphonse « Henri » FOUQUES, un carrier. Ils ont six enfants.
Henri décède le 5 mars 1885 à May-sur-Orne à l’âge de 35 ans.
En novembre 1886, Maria accouche d’une petite fille née d’un père inconnu. L’enfant ne vit pas et décède en janvier 1887.
Le 26 août 1903, elle épouse, en secondes noces, Auguste Honoré LEBOUCHER, à Fontenay-le-Marmion, une commune limitrophe de May.
Auguste disparaît, à son tour, le 9 janvier 1907 à Fontenay-le Marmion. Maria a alors 57 ans et signe l’acte de décès.
A partir de là, j’ignore ce qu’elle est devenue…


J’ai consulté les tables décennales de May et de Fontenay en ligne jusqu’en 1942. A cette date, Maria aurait eu 92 ans… Je n’ai rien trouvé.
J’ai regardé également les registres de Caen pensant qu’elle était peut-être décédée à l’Hôtel-Dieu… Là encore, je n’ai rien trouvé.
J’ai envoyé un courriel à la mairie de May mais, je n’ai pas eu de réponse.
J’ai également consulté les recensements de population sans succès.


– As-tu suivi la piste des enfants, peste t-il ?

– Oui, bien sûr !
Sur ses 6 enfants :
– Trois sont décédés avant 1907, date à laquelle je perds sa trace.
– Un quatrième meurt en 1914 à Saint-Rémy sur Orne . L’acte de décès précise qu’il ignore ce qu’est devenu la mère.
– Deux autres ont émigré dans les Côtes d’Armor, l’un vers 1892 à Pléherel et le second après 1904 à Goudelin (date de décès de sa première épouse à Fontenay le Marmion). Les tables décennales en ligne s’arrêtent en 1905.


Maria semble s’être volatilisée, à moins qu’elle ait vécu à un âge très avancé auquel cas les archives ne sont pas encore accessibles sur la toile.

– Comment veux-tu que je le sache ! Je ne suis pas devin ! As-tu demandé à tes amis « généablogueurs » s’ils avaient des suggestions à te soumettre pour rechercher l’acte de décès de ton ancêtre… Après tout, vous êtes connectés toute la journée, ils peuvent sans doute t’aider !

– Rrro… Non, je n’ai rien demandé… Dites, l’amabilité n’est pas votre première qualité !

– Je te rappelle que toutes les archives ne sont pas « en ligne » comme tu dis ! Il faut aussi se déplacer pour chercher parmi tous les documents mis à votre disposition
.
Je t’autorise à consulter les registres mais, je te le répète, ne compte pas sur nous… Tu dois chercher seule ! Après tout, c’est ton travail !

J’ai compris le message, répondis-je, contrariée…

C’est ainsi que j’ai passé la nuit à chercher l’acte de décès de Maria… sans
succès !
Ne pouvant espérer aucune aide de la part de Monsieur Grincheux… avez-vous des idées à me proposer pour m’aider à trouver l’acte de décès de
Maria ?…
En attendant, excusez-moi mais, je vais dormir, ce #RDVAncestral m’a
épuisée

EPILOGUE :

Hier après-midi, le billet de ce #RDVAncestral a reçu une fin heureuse puisque l’acte de décès de Maria a été trouvé.
Tard dans la soirée, je décidais donc de retourner rendre visite à Monsieur Grincheux en appliquant le même principe que la veille…

Il était, là, à son poste, l’air plus renfrogné que jamais…

-Encore toi, cria t-il, que fais-tu ici puisque tu n’as rien trouvé hier ?

Effectivement, je n’ai rien trouvé mais, Marielle, elle, a trouvé. je tenais à vous en faire part afin de mettre vos archives à jour !

Il ironisa :
Ah, tu vas nous apprendre à faire notre travail, maintenant ! Nos archives sont à jour que je sache !
Qui est cette Marielle ? Est-ce l’auteure DE PEN HARDEN A PEN BIZIEN… Celle qui voit et qui parle avec ses ancêtres !

Il commençait à me chauffer les oreilles, Grincheux…

En quoi cela vous dérange t-il que Marielle parle avec ses ancêtres ? Après tout, que faisons-nous, actuellement… Et vous, vous n’avez rien d’humain… toc…

Je continuais ma phrase sans lui laisser le temps de rétorquer…

Et bien, Marielle a trouvé l’acte de décès de Maria grâce aux relevés du Centre Généalogique des Côtes d’Armor.
Mon ancêtre est décédée à Dinan (22), le 04/04/1922 à l’âge de 72 ans.

Je suppose que veuve, elle a suivi Léopold Adrien Louis, son dernier fils vivant, veuf également, lorsque ce dernier a quitté la Normandie pour émigrer vers la Bretagne.
Seriez-vous assez aimable de bien vouloir en prendre note, au cas où d’autres descendants viendraient vous poser la question ? dis-je avec un sourire enjôleur !

Il ouvrit la bouche et avala la poussière qui lui servait de houppelande…

Finalement, vous me plaisez bien, toi et tes amis ! avoua t-il, radouci… Vous êtes une belle communauté… Grâce à vous, effectivement, toute cette bibliothèque vit ou revit de belles histoires familiales…

Mais, il y a un cœur qui bat sous cette couverture, pensais-je ! Il m’a émue le vieux bourru !

– Je dois vous quitter, répondis-je mais, si vous le voulez bien, je reviendrai vous voir pour d’autres recherches !

Merci à vous et à Marielle !

C’est ainsi que se termine ce #RDVAncestral… A très vite pour d’autres aventures !


Sources :
Image : Grande Bibliothèque Clementinum de Prague
A.D Calvados

Cercle généalogique des Côtes d’Armor
















La blonde de Caen…

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature, généalogie et rencontres improbables avec nos ancêtres…
Et comme en mai, on fait ce qu’il nous plait, j’y mêle également le #Geneatheme du mois proposé par Sophie de la Gazette des Ancêtres, sur les métiers d’art…

Robe de mariée en blonde de Caen réalisée vers 1815
Source : Ouest-France

Covid-19 oblige, nous ne pouvons pas sortir sans être masqués… J’envisage de fabriquer mes propres masques en tissu en cherchant une idée originale pour les personnaliser.
Une solution m’est apparue lors d’un de mes vagabondages nocturnes…

Direction la Normandie, May-sur-Orne à quelques kilomètres au sud de Caen.

J’arrive devant la maison de Marie-Magdelaine TOUCHET, l’épouse de Jean-François JEANNE, carrier, mes Sosa 124 et 125.
Marie-Magdelaine a la cinquantaine bien sonnée. Elle m’accueille avec Honorine, la benjamine de la famille et toutes deux m’embrassent chaleureusement.
Honorine va convoler dans quelques mois et quitter le nid familial… Un jeune cordonnier, Pierre ROCANCOURT, lui a volé son cœur.
Colombe ORESME, l’épouse de Jacques, fils aîné de Marie-Magdelaine, Louise CINGAL et Victoire LAQUAINE, mon Sosa 63, futures belles-filles et futures belles-sœurs, sont également présentes et heureuses de me rencontrer.

Toutes cinq ont un point commun : elles sont dentellières.

Assises sur des bancs, leur carreaux à dentelle posé sur la table, elles se concentrent sur leur ouvrage…
Nous parlons chiffons et futures noces, le cliquetis des fuseaux répondant joyeusement à chaque parole…
Sous les doigts habiles, la Blonde de Caen prend vie doucement… C’est magnifique !

– Je suis venue vous voir car j’ai besoin de vos conseils !…

Je leur explique la situation sur le coronavirus et sur l’obligation de nous protéger en portant des masques… J’ai apporté un masque avec moi et je leur montre comment le porter.

– C’est affreux ! s’écrient-elles en chœur, épouvantées !

J’acquiesce et les rassure… Oui, ce masque n’est pas beau mais, en même temps, l’esthétisme n’est pas son rôle premier.

Victoire, ma future AAAAG.M, saisit le masque du bout des doigts.

Nous allons t’arranger cela ! Un peu de dentelle devrait suffire à embellir, cette étrange chose !

Quelques instants plus tard, mon masque est transformé en un gracieux élément très « couture » ! Je m’extasie devant leur dextérité !
J’ajuste, à nouveau, le masque sur mon nez et ma bouche.

– Tu vas faire merveille ! s’exclament-elles en éclatant de rire !

– Oui, certainement et je vais faire des envieuses ! répondis-je en pouffant à mon tour.

Je félicite Honorine, Louise et Victoire pour leur prochain mariage et leur souhaite tout le bonheur du monde.
Je leur explique qu’en 2020, les futurs mariés devront aussi porter un masque lors de la cérémonie… Gloups !

Pourquoi ne pas fabriquer un masque spécial « future mariée  » tout en dentelle, lance Honorine, mi-sérieuse, mi-amusée ?
– C’est une idée à creuser ! Nous en reparlerons à ma prochaine visite
Oh, mais l’aube se lève… il est temps pour moi de vous quitter !

Je n’ose pas leur avouer que la mécanisation de la dentelle et surtout la Première Guerre Mondiale auront raison de la lumineuse Blonde de Caen. Les carreaux et les fuseaux seront relégués dans les placards.

Mon masque à la main, le vague à l’âme… je quitte la maison de Marie-Magdelaine, accompagnée par le tintement des fuseaux et par le bavardage de mes ancêtres.

Tout ceci, n’était qu’un rêve, évidement… Alors, je ne m’explique pas pourquoi, à mon réveil, j’ai trouvé un masque en dentelle sur ma table de nuit !

Vous ne me croyez pas ?

Collection personnelle

La généalogie nous entraînerait-elle dans la troisième dimension ?
Finalement, j’ai un masque personnalisé !… Hum…Revenons à la Blonde de Caen avec son histoire :

Caen,

Google-Book : Dictionnaire de la soie, Découvrir son histoire de ses origines jusqu’à nos jours – Jean-Jacques BOUCHER

Côté Généalogie, voici les protagonistes de l’histoire :

Marie-Magdelaine TOUCHET
(1788-1845)
I
Victoire LAQUAINE
(1825-1859)
I
Maria Josephina Albertina Appolonia Valentina JEANNE
(1850-?)
I
Zéphirine Pauline FOUQUES
(1869-1898)
I
Louise Marie Elisabeth MORIN
(1887-1937)
I
Maman
(1916-1990)
I
Moi

Le fou volant…

Image libre de droit – Getty.fr

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature, généalogie et rencontres improbables avec nos ancêtres…

Pour ce RDV ancestral d’avril, je rends hommage à mon Père, mon héros. Né un 17 avril, il aurait eu 111 ans, cette année…
Difficile de ne pas penser à toutes les histoires qu’il me racontait et dont je raffolais !

Pour le coup, me voici transportée sur l’aéroport du Bourget, en région parisienne.
Tout d’abord terrain d’aviation militaire, Le Bourget fut le premier aéroport civil de Paris, ouvert en 1919 et resta le seul jusqu’à la construction de l’aéroport d’Orly.

Nous sommes le samedi 21 mai 1927...
Une foule immense attend… on parle de 4 millions de personnes présentes sur le terrain.
Je suis coincée entre plusieurs groupes d’individus qui parlent fort, qui chantent et qui se bousculent…
Tout à coup, deux jeunes garçons me rattrapent, chacun par un bras, alors que j’allais m’étaler dans l’herbe.
Je reconnais immédiatement, André et Michel, mon père et son frère. Ils ont quitté leur Picardie natale et sont venus conquérir la capitale. Ils ont respectivement 18 ans et 17 ans et résident, dans le 10e arrondissement, chez Andréa, une de leurs sœurs aînées.
Leur père, veuf, s’est remarié et leur belle-mère leur a fait comprendre qu’ils étaient assez grands pour se débrouiller seuls.

– Allons, Madame, n’ayez pas peur ! Nous vous tenons ! vous ne craignez plus rien ! s’exclament-ils en chœur.

Je suis si émue que je n’ose parler… Ces deux jeunes hommes, vêtus comme Tintin, qui ne sont plus tout à fait adolescents, mais pas encore complètement adultes, me dévisagent étrangement !

– Papa ! Tu ne me connais pas encore, mais je suis ta fille, Evelyne ! Et toi, Tonton, tu es mon Parrain ! dis-je, la voix tremblante…
Papa, tu m’as si souvent raconté l’atterrissage du « Spirit of Saint-Louis »… que j’ai voulu le voir, également !

Triturant chacun leur casquette, les deux frères n’en croient ni leurs yeux, ni leurs oreilles ! Et, il me faut être très persuasive pour les convaincre que je viens bien du futur…

Soudain, la rumeur gonfle… Il est 22 h 15 !… Un cri énorme, suivi d’un énorme silence ! On entend, tombant de très haut, un bruit de moteur. Et on écoute, angoissé… La spirale est large, la descente est lente.

– C’est lui ! crie-t-on de toute part.

À la lueur du projecteur, on peut lire maintenant sur le fuselage : Spirit-of-Saint-Louis.
Survolant l’Atlantique, Charles Lindbergh a réalisé la première traversée en solitaire sans escale en aéroplane, reliant, en 33 heures et trente minutes, New York à Paris.
Le terrain est aussitôt envahi par la foule délirante qui se rue vers l’endroit où l’appareil s’est posé. La police et la troupe ne peuvent rien contre l’élan d’enthousiasme des milliers de spectateurs déchaînés et les barrières de fer sont renversées sous une poussée irrésistible.

Bousculée et emportée par la foule, je perds, Papa et mon Oncle, de vue…
Ils ont assisté à cet événement historique et ont tant d’autres aventures à vivre !
Les larmes me montent aux yeux… Mais, je sais que je les reverrai !

Source : La Croix.com/Ce-jour-la/21-mai-1927


L’ennemi invisible…

Le #RDVAncestral est un projet d’écriture, ouvert à tous, qui mêle littérature, généalogie et rencontres improbables avec nos ancêtres…

Je suis confortablement installée sur ma terrasse. Le printemps s’annonce : le ciel est bleu, le soleil brille, les arbres sont en fleurs, tout est calme. Seuls quelques oiseaux viennent déranger cette quiétude… C’est une belle journée
Pourtant, les nouvelles sont mauvaises… Nous sommes confinés à la maison… Covid-19, l’ennemi invisible nous guette. Nous attrapera-t’il ?
C’est dans ce contexte que j’aborde ce RDV ancestral.

Face à moi, le cerisier japonais offre ses grappes de fleurs blanches teintées de rose… Il est magnifique cet arbre au printemps…
Mais, est-ce une hallucination ? J’aperçois des hommes et des femmes, venus d’un autre temps, assis sur les branches… Certains chuchotent, d’autres m’observent inquiets…

Tout d’un coup, un solide gaillard se lève et m’interpelle :

– Lui, combatif : Alors, comme ça, il parait que vous êtes en guerre ! Où est l’ennemi ? Où sont les armées ?
– Moi, sidérée : Qui êtes-vous ?
– Lui, fier : Nous sommes tes ancêtres et nous avons ouï dire que vous étiez au plus mal.
– Moi, toute aussi fière : Merci… Pour le moment, nous allons bien et nous espérons que cela durera.
– Lui : Fichtre… Explique-nous… c’est la guerre ou pas ?
– Moi : En quelque sorte, oui… le pays lutte contre un ennemi invisible.
– Eux, en chœur, avec un mouvement de recul : Vous vous battez contre des fantômes !
– Moi, étonnée : Mais non… Nous nous battons contre un virus.
– Eux : Un virus ?
– Moi : Hum… Vous ignorez ce qu’est un virus !
– Eux, perplexes : …???

Le silence plane sur l’arbre.

– Moi : Pourtant, la grande majorité d’entre vous a été infectée par des virus et beaucoup en sont morts. Vous avez souffert bien plus que nous, puisque les épidémies entraînaient aussi des famines. Peste, choléra, dysenterie, typhus, etc… Vous appeliez cela des fléaux ! Je n’invente rien, lisez ICI et LA !
– Lui : Quelle tristesse ! Ainsi l’Histoire se répète ! Pourtant, il nous semblait que vous viviez mieux avec vos charrettes à quatre roues et ces immenses oiseaux de métal !
– Moi, dubitative : Oui, on appelle cela le progrès… Cela nous permet de voyager plus vite et plus loin, mais cela permet également de contaminer le monde à grande vitesse ! Les catastrophes s’enchaînent ! On parle alors d’effet papillon !
– Lui, levant les yeux au ciel : Sacrebleu… Que viennent faire les papillons dans cette histoire de virus ! Pas sûr, que vous soyez plus clairvoyants !
– Moi, un rien vexée : Plus clairvoyants… je l’ignore… Par contre, nos vies sont meilleures et plus confortables que les vôtres. Mais comme vous, nous n’échappons pas aux vicissitudes.
– Lui, renfrogné : Donc, nous pensions t’aider et nous sommes inutiles !

Là… C’est moi qui reste sans voix… Je les contemple avec tendresse.

– Moi : Mais, vous m’aidez plus que vous ne l’imaginez … Mes recherches pour vous connaitre, pour découvrir qui est qui, pour entrevoir vos vies… Tout cela m’évite de penser à cette actualité anxiogène.
– Lui, penaud : Nous le savons bien ! Ne nous en veux pas… Nous sommes des lourdauds ! Prends soin de toi et des tiens ! Nous veillons sur vous !
– Moi, reconnaissante : C’est gentil de veiller sur nous ! Parlons d’autre chose, j’ai mille questions à vous poser !
– Eux, d’une même voix : Nous devons repartir… mais compte sur nous, nous reviendrons !

Les branches du cerisier frémissent légèrement puis, c’est à nouveau le silence.
Ai-je fait un rêve ou est-ce l’effet du confinement ?…
Je raconte tout ceci à Mr… qui me regarde comme si je venais d’une autre planète 🙄



Sources :
Avec la participation involontaire de la Revue Française de Généalogie et de Jean-Louis Beaucarnot :
https://www.rfgenealogie.com/s-informer/infos/histoire/la-genealogie-du-coronavirus-des-similitudes-etonnantes

Epidémies et famines en France :
http://angeneasn.free.fr/epidemies.htm

Photo : Collection personnelle